« Le Radeau de La Méduse » : différence entre les versions

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Contenu supprimé Contenu ajouté
Balises : Contenu remplacé Révoqué Potentiel caviardage récurrent Suppression de contenu Éditeur visuel
Révocation des modifications de 194.167.42.27 (retour à la dernière version de Csar62) ; Vandalisme
Balises : LiveRC Annulation
 
Ligne 1 : Ligne 1 :
{{Titre mis en forme |''Le Radeau de La Méduse''}}


y
{{En-tête label|AdQ|année=2014}}
{{En-tête label|AdQ|année=2014}}
{{Voir homonymes |Le Radeau de La Méduse (homonymie)|Radeau (homonymie)|Méduse}}
{{Voir homonymes |Le Radeau de La Méduse (homonymie)|Radeau (homonymie)|Méduse}}
Ligne 23 : Ligne 21 :
}}
}}


'''''Le Radeau de La Méduse''''' est une [[peinture à l'huile]] sur toile, réalisée entre [[1818 en arts plastiques|1818]] et [[1819 en arts plastiques|1819]] par le [[Artiste peintre|peintre]] et [[Lithographie |lithographe]] [[Romantisme français|romantique]] [[France|français]] [[Théodore Géricault]] (1791-1824). Son titre initial, donné par Géricault lors de sa première présentation, est ''Scène d'un naufrage''. Ce tableau, de très grande dimension ({{Unité|491|cm}} de hauteur et {{Unité|716|cm}} de largeur), représente un épisode tragique de l'histoire de la marine coloniale française : le naufrage de la [[frégate (navire)|frégate]] ''[[Méduse (navire) |Méduse]]''. Celle-ci est chargée d'acheminer le matériel administratif, les fonctionnaires et les militaires affectés à ce qui deviendra la colonie du [[Sénégal]]. Elle s'est échouée le {{date-|2 juillet 1816}} sur un [[banc de sable]], un obstacle bien connu des navigateurs situé à une soixantaine de kilomètres des côtes de l'actuelle [[Mauritanie]]<ref>{{Lien web |langue=fr|titre=Radeau de la Méduse : l'horreur devient allégorie romantique|url=https://www.franceculture.fr/peinture/radeau-de-la-meduse-l-horreur-devient-allegorie-romantique|site=France Culture|date=2016-06-24|consulté le=2019-04-25}}</ref>. Au moins {{unité|147|personnes}} se maintiennent à la surface de l'eau sur un radeau de fortune et seules quinze d’entre elles embarquent le {{date-|17 juillet}} à bord de l'''Argus'', un bateau venu les secourir. Cinq meurent peu après leur arrivée à [[Saint-Louis (Sénégal)|Saint-Louis du Sénégal]], après avoir enduré la faim, la déshydratation, la folie et même l'[[anthropophagie]]. L'événement devient un scandale d'ampleur internationale, en partie parce qu'un capitaine français servant la [[Restauration (histoire de France)|monarchie restaurée]] depuis peu est jugé responsable du désastre, en raison de son incompétence.
*

''Le Radeau de La Méduse'' présente une certaine continuité avec les courants picturaux antérieurs au romantisme, notamment dans le choix du sujet et le caractère dramatique de la représentation, mais rompt de manière nette avec l'ordre et la quiétude de la [[peinture néo-classique]]. En choisissant de représenter cet épisode tragique pour sa première œuvre d'importance, Géricault a conscience que le caractère récent du naufrage suscitera l'intérêt du public et lui permettra de lancer sa jeune carrière. Cependant, l'artiste s'est également pris de fascination pour cet événement et réalise ainsi d'abondantes recherches préparatoires et plusieurs [[esquisse]]s avant d'entamer la création du tableau. Il rencontre en effet deux des survivants de la catastrophe, construit un modèle réduit très détaillé de la structure du radeau et se rend même dans des [[morgue]]s et des hôpitaux afin de voir de ses propres yeux la couleur et la texture de la peau des mourants.

Ainsi que Géricault le pressent, le tableau provoque la controverse lors de sa première présentation à [[Paris]], au salon de 1819 : certains s'en font les ardents défenseurs, tandis que d'autres le fustigent immédiatement. Peu après, l’œuvre est exposée à [[Londres]], ce qui achève d'établir la réputation du jeune peintre en [[Europe]]. Aujourd'hui, elle compte parmi les œuvres les plus admirées du [[romantisme français]] et son influence est perceptible dans les créations de peintres tels que [[Joseph Mallord William Turner|Joseph William Turner]], [[Eugène Delacroix]], [[Gustave Courbet]] ou encore [[Édouard Manet]]. Le tableau, qui souffre d'un assombrissement irréversible dû à un [[Apprêt (peinture)|apprêt]] au [[bitume (pigment)|bitume de Judée]] ou à une huile rendue trop siccative par un ajout abondant d'oxyde de plomb et de cire, est conservé au [[musée du Louvre]], qui l'achète à un ami de l'artiste peu après sa mort en 1824.

== Le sujet du tableau : le naufrage de la ''Méduse'' ==
{{Article connexe|Méduse (navire)}}
[[Fichier:Raft of Méduse-Alexandre Corréard-IMG 4788-cropped.JPG|vignette|upright|alt=Plan du ''Radeau de La Méduse'' au moment de son abandon|Plan du ''Radeau de La Méduse'' au moment de son abandon<ref name="Darcy">{{Ouvrage|langue=en|prénom1=Darcy G.|nom1=Grigsby|titre=Extremities|sous-titre=Painting Empire in Post-Revolutionary France|lieu=New Haven (Conn.)|éditeur=[[Yale University Press]]|année=2002|pages totales=177|isbn=0-300-08887-6|consulté le=7 mars 2012}}.</ref>]]

[[Fichier:077 - Radeau de la Méduse musée de la Marine - Rochefort.jpg|vignette|''Radeau de la Méduse'' reconstitué à l'échelle 1 visible dans la cour du [[Musée national de la Marine de Rochefort|musée de la Marine]] à [[Rochefort (Charente-Maritime)|Rochefort]].]]

En 1815, la [[Seconde Restauration]] de la [[Maison de Bourbon]] sur le trône de [[France]] sous l'égide de [[Louis XVIII]], permet à la [[France]] de réaffirmer sa domination sur la [[colonie du Sénégal]] reprise à l'[[Empire britannique|Empire colonial Britannique]]. Ce changement géopolitique majeur est officialisé par le [[traité de Paris (1815)|traité de Paris]]. Le {{date-|17 juin 1816}}, la frégate ''[[La Méduse]]'' appareille de l'[[île d'Aix]], avec pour objectif de rétablir la domination coloniale française en [[Afrique de l'Ouest]] à partir du port sénégalais de [[Saint-Louis (Sénégal)|Saint-Louis]]. Elle mène une flottille formée de trois autres appareils : le [[Flûte (bateau)|navire de combat]] ''Loire'', le [[Brick (bateau)|brick]] ''Argus'' et la [[corvette (navire)|corvette]] ''Écho''. À son bord se trouvent environ 400 passagers, dont le colonel [[Julien Schmaltz]], nouveau gouverneur du Sénégal, ainsi que des scientifiques, des soldats napoléoniens, des troupes coloniales – dont des asiatiques – et des colons<ref>{{Ouvrage|prénom1=Frédéric|nom1=Zurcher|titre=Les Naufrages célèbres|éditeur=Ligaran|année=2015|passage=47|isbn=}}.</ref>{{,}}<ref>{{Lien web|titre=Alexandre Corréard, de Serres, naufragé de la Méduse - Wikisource |url=https://fr.wikisource.org/wiki/Alexandre_Corr%C3%A9ard,_de_Serres,_naufrag%C3%A9_de_la_M%C3%A9duse|site=fr.wikisource.org|consulté le=2018-10-20}}.</ref>.

Le commandant [[Hugues Duroy de Chaumareys]], un [[vicomte]] limousin revenu d'exil, est nommé capitaine de la ''Méduse'' en dépit du fait qu'il n'a plus navigué depuis plus de vingt ans<ref>{{article|langue=en|prénom1=Matthew|nom1=Zarzeczny|titre=Theodore Géricault's "The Raft of the Méduse" - Part I|périodique={{langue|en|Member's Bulletin of The Napoleonic Society of America}}|année=automne 2001|consulté le=7 mars 2012}}</ref>{{,}}<ref>{{article|langue=en|prénom1=Matthew|nom1=Zarzeczny|titre=Theodore Géricault's "The Raft of the Méduse" - Part II|périodique={{langue|en|Member's Bulletin of The Napoleonic Society of America}}|année=printemps 2002|consulté le=7 mars 2012}}.</ref>. En voulant prendre de l'avance et en dépassant les trois autres bateaux, la frégate dévie de sa trajectoire de {{unité|160|kilomètres}} et quitte donc la route prévue. Le {{date-|2 juillet 1816}}, ''La Méduse'' s'échoue sur le [[Banc d'Arguin (Mauritanie)|banc d'Arguin]], à {{unité|80|km}} de la côte [[mauritanie]]nne. L'équipage construit un radeau avec des [[espar]]s (assemblés par des cordages et sur lesquels sont clouées des planches qui forment un caillebotis glissant et instable) pour délester la frégate de ses lourdes marchandises, à l'exception des {{unité|44|canons}}, et la déséchouer<ref>{{Ouvrage|auteur1=Frédéric Zurcher|auteur2=Élie Margollé|titre=Les naufragés célèbres|éditeur=Ancre de Marine Éditions|année=1872|passage=95}}</ref>.

Les opérations de remise à flot s'avèrent vaines : des avaries surviennent le {{date-|5 juillet}} et la mer devient mauvaise, rendant l'évacuation nécessaire. Dix-sept marins restent à bord de la frégate afin de tenter de la ramener à bon port. {{unité|233|passagers}}, dont Chaumareys, Schmaltz et sa famille, embarquent sur six canots et [[chaloupe]]s afin de gagner la terre ferme, à {{unité|95|km}} de là. {{unité|149|marins}} et soldats, dont une femme, s'entassent sur le radeau de fortune non prévu pour transporter des hommes. Incapable de manœuvrer, le radeau est amarré à quatre canots et une des chaloupes. Long de vingt mètres et large de sept, il menace d'être submergé lorsqu'il est pleinement chargé. Le remorquage est difficile et l'ensemble chaloupes-canots-radeau dérive vers le large, si bien que les officiers responsables des canots décident de larguer les amarres<ref>{{Ouvrage|auteur1=Georges Bordonove|titre=Le naufrage de la Méduse|éditeur=Laffont|année=1973|passage=128|isbn=}}</ref>. Le commandant de Chaumareys décide d'abandonner à leur sort les passagers du radeau, avec leurs maigres vivres. Les infortunés, sous les ordres de l'aspirant de première classe Jean-Daniel Coudein, ne disposent plus que d'un paquet de biscuits (tombées à l'eau, les {{unité|25|livres}} de biscuit ne forment plus qu'une pâte), consommé le premier jour, de deux barriques d'eau douce et de six barriques de vin<ref>{{Ouvrage|auteur1=[[Georges Bordonove]]|titre=Le naufrage de la Méduse|éditeur=Laffont|année=1973|passage=147|isbn=}}</ref>.

La situation se dégrade alors rapidement : les naufragés, pétris de peur, se disputent et font tomber leurs barriques d'eau douce dans l'océan, se reportant sur les barriques de vin pour étancher leur soif. Au septième jour, il ne reste que {{unité|27|survivants}} dont la moitié agonise. La faim, la colère, le délire éthylique poussent quelques désespérés à se jeter à l'eau ou à se livrer à des actes d'[[anthropophagie]] (cannibalisme de survie) alors que physiologiquement les hommes peuvent survivre sans manger plusieurs semaines<ref>{{Ouvrage|auteur1=Georges Bordonove|titre=Le naufrage de la Méduse|éditeur=Laffont|année=1973|passage=166|isbn=}}</ref>. Les officiers décident de jeter les blessés à la mer afin de conserver les rations de vin pour les hommes valides. Au bout de treize jours, le {{date-|17 juillet 1816}}, le radeau est repéré par le brick ''L'Argus'', alors qu'aucun effort particulier n'était entrepris pour le retrouver<ref>Extrait du film d'Adrien Touboul avec Georges-Antoine Borias, 2 min 38 s.</ref>. Il n'a à son bord que quinze rescapés, qui sont suspectés de s'être entretués ou d'avoir jeté les autres par-dessus bord, voire d'avoir commis des actes de [[Anthropophagie|cannibalisme]]. La plupart des naufragés seraient morts de faim ou se seraient jetés à l'eau de désespoir. Quatre ou cinq hommes meurent dans les jours qui suivent à bord de ''l'Argus''. Selon le critique d'art Jonathan Miles, la mésaventure vécue par ces hommes sur le radeau de la ''Méduse'' les a conduits {{citation|aux frontières de l'existence humaine. Devenus fous, reclus et affamés, ils massacrèrent ceux qui comptaient se rebeller, mangèrent leurs compagnons décédés et tuèrent les plus faibles<ref name="Darcy"/>{{,}}<ref>{{Lien web|langue=en|auteur=Jonathan Miles|url=http://entertainment.timesonline.co.uk/tol/arts_and_entertainment/visual_arts/article1543209.ece |titre=Death and the masterpiece|jour=24|mois=mars|année=2007|site=[http://www.thetimes.co.uk/tto/news/ The Times]|consulté le=13 mars 2012}}</ref>.}} Au total, le naufrage cause la mort de plus de {{unité|150|personnes}}.

Les autres bateaux se séparent, et certains parviennent jusqu'à l'île de Saint-Louis, tandis que d'autres accostent le long de la côte et perdent des membres de l'équipage en raison de la chaleur et du manque de nourriture. Lorsque la marine britannique retrouve la ''Méduse'', quarante-deux jours plus tard, seuls trois des dix-sept marins restés à bord sont encore en vie. Cet incident est source d'embarras pour la monarchie nouvellement restaurée<ref name="Brandt">{{Ouvrage|langue=en|prénom1=Anthony|nom1=Brandt|titre=Swept Away|sous-titre=When Gericault Painted the Raft of the Medusa, He Immersed Himself in His Subject's Horrors|éditeur=American Scholar|année=automne 2007|isbn=|consulté le=11 mars 2012}}</ref> : l'incompétence manifeste du commandant de Chaumareys ne révèle que trop bien le fait que sa nomination est due à ses relations avec le pouvoir<ref name="Darcy"/>{{,}}<ref name="Eitner">{{Harvsp|Trapp|1976|p=134-137}}</ref>{{,}}<ref name="Eitner2">{{Harvsp|Trapp|1976|p=191-192}}</ref>.

== La réalisation du tableau ==
=== Travaux préparatoires ===

[[Image:Musée Ingres-Bourdelle - Etude d'après le modèle Joseph, 1839 - Théodore Chasseriau - Joconde06070001378.jpg|vignette| ''Etude d'après le modèle Joseph'', 1839 - [[Théodore Chassériau]].<br> Le modèle [[Joseph (modèle)|Joseph]] a posé pour Géricault pour ''Le Radeau de La Méduse''.]]

[[Théodore Géricault|Géricault]], revenant à Paris après un long voyage d'étude en Italie, découvre par hasard la première édition du récit du naufrage qui date du {{date-|22 novembre 1817}}, il s'agit de la publication de deux survivants du drame, l'aide-chirurgien [[Henri Savigny]] et l'ingénieur-géographe [[Alexandre Corréard]]<ref>{{Ouvrage|auteur1=Bruno Chenique|auteur2=Sylvie Lecoq-Ramond|titre=Géricault, la folie d'un monde|éditeur=Hazan|année=2006|passage=55|isbn=}}</ref>. Les horreurs du naufrage sont aussi connues du public grâce à l'indiscrétion du ministre de la police [[Élie Decazes]] qui relâche volontairement la censure en laissant le rapport de Savigny (destiné normalement uniquement aux autorités maritimes) parvenir à la presse, ce qui lui permet de torpiller le ministre [[Ultraroyaliste|ultra]] de la Marine [[François-Joseph de Gratet]]<ref>{{Ouvrage|auteur1=[[Érik Emptaz]]|titre=La malédiction de la méduse|éditeur=[[Éditions Grasset|Grasset]]|année=2005|passage=57|isbn=}}</ref>.

Stupéfié par l'ampleur médiatique que prend le naufrage, Géricault pense que la réalisation d'une représentation picturale de l’événement pourrait contribuer à établir sa réputation<ref name="M169">{{Harvsp|Miles|2008|loc=p.169}}</ref>{{,}}<ref name="Louvre">« [http://www.louvre.fr/oeuvre-notices/le-radeau-de-la-meduse Présentation du Radeau de la Méduse] », sur le site du [[musée du Louvre]]. Consulté le 12 février 2014.</ref>. Après avoir pris la décision de réaliser le tableau, il entreprend des recherches approfondies avant de commencer la peinture. Au début de l'année 1818, il rencontre Savigny et [[Alexandre Corréard]] ; le récit de leur ressenti lors de l'expérience du naufrage influence grandement la tonalité du tableau final<ref name="Christine">{{Article |langue=en |auteur1=Christine Riding |titre=The Fatal Raft: Christine Riding Looks at British Reaction to the French Tragedy at Sea Immortalised in Gericault's Masterpiece 'the Raft of the Medusa' |périodique=History Today |mois=février |année=2003 |lire en ligne= }}</ref>. Selon les propos de l'historien de l'art Georges-Antoine Borias, {{citation|Géricault avait placé son atelier<ref group="N">Rue en haut du [[quartier du Faubourg-du-Roule]] pour être proche de la morgue de l'[[hôpital Beaujon]].</ref> près de l'[[hôpital Beaujon]]. Débuta alors une sombre descente. Une fois les portes refermées, il se plongeait dans son œuvre. Rien ne le repoussait}}<ref>Extrait du film d'Adrien Touboul avec Georges-Antoine Borias, 11 min 38 s.</ref>.

Lors de voyages effectués dans sa jeunesse, Géricault est déjà confronté à la vue de [[démence|déments]] ou de [[peste|pestiférés]]. Durant ses recherches préparatoires pour ''Le Radeau de La Méduse'', son ambition de vérité historique et de réalisme vire à l'obsession d'observer le phénomène de [[rigidité cadavérique]]<ref name="Eitner" />. Afin de réaliser la représentation la plus authentique possible des différents aspects de la chair des cadavres<ref name="Louvre" />, il réalise plusieurs [[esquisse]]s de dépouilles à la morgue de l'hôpital Beaujon<ref name="M169" />, étudie le visage de patients sur le point de mourir<ref name="christiansen">{{Lien web |langue=en |auteur=Rupert Christiansen |url=https://www.nytimes.com/books/first/c/christiansen-01victorian.html |titre=The Victorian Visitors: Culture Shock in Nineteenth-Century Britain |année=2000 |site=[[The New York Times|New York Times]] |consulté le=13 février 2014 }}</ref>, et emporte même dans son atelier quelques membres humains pour observer leur décomposition<ref group="N">Parmi les études réalisées à l'hôpital Beaujon, ''[[:Image:Anatomical Pieces.JPG|Morceaux d'anatomie]]'' (1818-1819), une nature-morte assez inhabituelle dans l'œuvre de Géricault, montre ces membres en décomposition.</ref>. Géricault dessine également une tête coupée empruntée à un asile et qu'il conserve dans le grenier de son atelier<ref name="christiansen" />.

Avec trois survivants, dont Savigny et Corréard, ainsi qu'avec le charpentier Lavillette, il construit un modèle réduit extrêmement détaillé du radeau, lequel est reproduit avec la plus grande fidélité sur la toile finale – même les espaces entre les planches sont représentés<ref name="christiansen" />. Géricault fait également poser des modèles<ref>{{Lien web |langue=fr |auteur=Bruno Chenique |titre=Exposition à Clermont-Ferrand en 2012 |url=http://www.onirik.net/Gericault-Etudes-inedites-sur-le,14482 |site=Onirik |date= |consulté le=15 février 2021}}</ref>, réalise un dossier comportant de la documentation sur l’événement, copie des tableaux d'autres artistes s'approchant du même thème, et se rend au [[Le Havre|Havre]] pour y observer la mer et le ciel<ref name="christiansen" />. Bien que fiévreux, il se rend très fréquemment sur la côte afin de voir des tempêtes balayer le littoral. En outre, son voyage en [[Angleterre]], durant lequel il rencontre d'autres artistes, est l'occasion pour lui d'étudier divers éléments du paysage marin lors de la traversée de la [[Manche (mer)|Manche]]<ref name="Miles, 180">{{Harvsp|Miles|2008|loc=p.80}}</ref>{{,}}<ref>Extrait du film d'Adrien Touboul avec Georges-Antoine Borias, 9 min 4</ref>.

Il dessine et peint plusieurs esquisses alors qu'il choisit quel moment il souhaite représenter dans le tableau final<ref name="Hagen & Hagen, 376">{{Harvsp|Hagen|Hagen|2007|p=376}}</ref>. La conception de l’œuvre est lente et difficile, car Géricault hésite même à choisir un moment emblématique du naufrage, qui rendrait au mieux l'intensité dramatique de l'événement. Parmi les scènes qu'il pense choisir se trouvent notamment la mutinerie contre les officiers, survenue le deuxième jour passé sur le radeau ; les actes de cannibalisme, qui ne surviennent qu'après quelques jours ; et le sauvetage<ref name="R77">{{Harvsp|Riding|2003|loc=p.75-77}}</ref>. Géricault opte finalement pour l'instant, raconté par l'un des survivants, où les naufragés voient ''L'Argus'' approcher à l'horizon et tentent une première fois en vain de lui adresser un appel au secours. Le bateau est représenté par une petite forme de couleur grise au centre-droit du tableau. Comme l'exprime un des survivants, {{citation|nous passâmes de l'euphorie à une grande déception, à de profonds tourments}}<ref name="R77" />.

Dans la mesure où le public est alors bien informé des causes du désastre, le choix de la scène relève d'une volonté de figurer les conséquences de l'abandon de l'équipage sur le radeau, en se focalisant sur l'instant où tout espoir semblait perdu<ref name="R77" /> – ''l'Argus'' paraît à nouveau deux heures après et secourt les survivants<ref>{{Harvsp|Eitner|2002|loc=p.191-192}}</ref>. Un critique remarque cependant que le tableau comporte plus de personnages qu'il ne devait y en avoir à bord du radeau au moment du sauvetage<ref name="christiansen" />. De plus, l'auteur note que le sauvetage se déroule un matin ensoleillé, avec une mer calme : Géricault choisit cependant de peindre le radeau en pleine tempête, avec un ciel noir et une mer démontée, sans doute pour renforcer le caractère dramatique de la scène<ref name="christiansen" />.

{| border="1" align="gauche" cellspacing="0" cellpadding="5" style="text-align:left;border-collapse:collapse;margin-top:0.5em;"
|-----
! style="background:#efefef;" | Image
! style="background:#efefef;" | Titre
! style="background:#efefef;" | Date
! style="background:#efefef;" | Technique
! style="background:#efefef;" | Dimensions
! style="background:#efefef;" | Lieu de Conservation
! style="background:#efefef;" | Référence
|----
|-
|[[Fichier:Portrait Study by Théodore Géricault, c. 1818-19, Getty Center.JPG|170px]]||''Etude d'un modèle'' ou<br>''Étude de portrait'' pour Joseph||1818-1819|| huile sur toile||{{dunité|47|39|cm}}||[[Los Angeles]], [[Getty Center]]||[http://www.getty.edu/art/collection/objects/779/theodore-gericault-study-of-a-model-french-about-1818-1819/ Musée]
|-
|[[File:Musée Ingres-Bourdelle - Etude de dos pour Le Radeau de La Méduse (d'après le modèle Joseph) 1818-1819 - Théodore Géricault MID.55.4.1 Jodonde06070001419.jpg|170px]]||''Étude de dos''||1818-1819||huile sur toile||{{dunité|56|46|cm}}||[[Musée Ingres-Bourdelle]], [[Montauban]]||[https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/joconde/06070001419 Base Joconde]
|-
|[[Fichier:'Head of a Shipwrecked Man' by Theodore Géricault.jpg|170px]]||''Portrait d'un naufragé'' ou ''Le Père''<br>étude pour ''Le Radeau de La Méduse''<ref>[http://culture.besancon.fr/ark:/48565/a0114642667400636Vm « Portrait d'un naufragé ou le Père »], notice sur ''culture.besancon.fr''.</ref>||1818-1819)||huile sur toile||{{dunité|46.5|37.3|cm}}||[[Musée des Beaux-Arts et d'Archéologie de Besançon|Musée de Besançon]]||[https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/joconde/M0332000904?listResPage=3&mainSearch=%22gericault%22&resPage=3&type=%5B%22tableau%22%5D&idQuery=%22a41b5e1-db0a-2cb-de5-d5adb666c8a7%22 Base Joconde]
|-
|[[Fichier:Géricault-Etude-Fabre.jpg|170px]]||''Études de mains et pieds''||1818-1819)||||||[[Montpellier]], [[musée Fabre]]||
|-
|[[File:Géricault - Etude de bras et de main (pour la Méduse), RF581.jpg|170px]]||''Étude de bras et de main''||1818-1819||huile sur bois<br>collé sur toile||{{dunité|18|33|cm}}||[[Musée du Louvre]], [[Paris]]||[https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/joconde/000PE001286?auteur=%5B%22GERICAULT%20Th%C3%A9odore%22%5D&ou=%5B%22mus%C3%A9e%20du%20Louvre%22%5D&tech=%5B%22peinture%20%C3%A0%20l%27huile%22%5D&last_view=%22list%22&idQuery=%222c461a8-27d3-52f5-7e3-632d0e5240e3%22 Base Joconde]
|-
|[[File:Jean Louis André Théodore Géricault - Head of a Guillotined Man - 1992.628 - Art Institute of Chicago.jpg|170px]]||''Tête d'homme guillotiné''||1818-1819||huile sur panneau||{{dunité|41|38|cm}}||[[Art Institute of Chicago]]||[https://www.artic.edu/artworks/119264/head-of-a-guillotined-man Musée]
|-
|[[Fichier:Théodore Gericault Têtes-de-supplicies.jpg|170px]]||''Les têtes coupées''||1810 années||huile sur toile||{{dunité|50|61|cm}}||[[Stockholm]], [[Nationalmuseum]]||[http://collection.nationalmuseum.se/eMP/eMuseumPlus?service=direct/1/ResultListView/result.t1.collection_list.$TspTitleImageLink.link&sp=10&sp=Scollection&sp=SfieldValue&sp=0&sp=0&sp=3&sp=SdetailList&sp=0&sp=Sdetail&sp=0&sp=F&sp=T&sp=1 Musée]
|-
|[[File:Géricault - Morceaux anatomiques, 1818, 1819.jpg|170px]]||''Morceaux anatomiques'' (titre moderne)<br>''Etude de bras et jambes'' (titre ancien)||1818-1819||huile sur toile||{{dunité|37|46|cm}}||[[Musée des Beaux-Arts de Rouen]]||[https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/joconde/07290023121?auteur=%5B%22GERICAULT%20Th%C3%A9odore%22%5D&ou=%5B%22Rouen%22%5D&last_view=%22list%22&idQuery=%22d115bbf-62c8-32c-5f5b-8e376ae46c67%22 Base Joconde]
|-
|||''Tête de jeune homme mort''||1819||huile sur toile|| {{dunité|32|34.5|cm}}||[[Musée des Beaux-Arts de Rouen]]||[https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/joconde/07290021824?listResPage=2&mainSearch=%22gericault%22&resPage=2&type=%5B%22tableau%22%5D&idQuery=%22be4f2c5-33db-2bbf-5b46-bf34422c46f%22 Base Joconde]
|-
|||''Homme en buste'', dit<br>''Le Charpentier de la Méduse''||1818 vers||huile sur toile||{{dunité|46.5|39|cm}}||[[Musée des Beaux-Arts de Rouen]]||[https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/joconde/07290021831?listResPage=2&mainSearch=%22gericault%22&resPage=2&type=%5B%22tableau%22%5D&idQuery=%2244ccc1-e2dd-0b-0170-100567765c05%22 Base Joconde]
|-
|||''Etude de tête d'homme, d'après le modèle Gerfant''<br>Pour ''Le Radeau de la Méduse ?''||1818-1819||huile sur toile||{{dunité|56|46|cm}}||[[musée d'art Roger-Quilliot]], [[Clermont-Ferrand]]||[https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/joconde/M0121001933?base=%22joconde%22&qb=%5B%7B%22field%22%3A%5B%22AUTR.keyword%22%2C%22PAUT.keyword%22%2C%22ATTR.keyword%22%2C%22ECOL.keyword%22%5D%2C%22operator%22%3A%22%2A%22%2C%22value%22%3A%22Gericault%22%2C%22combinator%22%3A%22AND%22%2C%22index%22%3A0%7D%2C%7B%22field%22%3A%5B%22LOCA.keyword%22%2C%22DEPO.keyword%22%2C%22MUSEO.keyword%22%2C%22REG.keyword%22%2C%22DPT.keyword%22%2C%22VILLE_M.keyword%22%2C%22NOMOFF.keyword%22%5D%2C%22operator%22%3A%22%2A%22%2C%22value%22%3A%22Clermont%22%2C%22combinator%22%3A%22AND%22%2C%22index%22%3A1%7D%5D&last_view=%22list%22&idQuery=%220845a83-2f87-c41c-37a-7a1ccbd22674%22 Base Joconde]
|-
|[[Fichier:Géricault - Sailboat on a Raging Sea, about 1818–1819.jpg|170px]]||''Voilier sur une mer déchaînée''||1818-1819||aquarelle opaque<br>sur craie noire||{{dunité|15|25|cm}}||[[Getty Museum]], [[Los Angeles]]||[http://www.getty.edu/art/collection/objects/191/theodore-gericault-sailboat-on-a-raging-sea-french-about-1818-1819/ Musée]
|-
|[[File:Theodore Gericault 038 (27956576129).jpg|170px]]||''Scène du Déluge''||1818-1820||huile sur toile||{{dunité|97|130|cm}}||[[Musée du Louvre]]||[https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/joconde/000PE001296?listResPage=2&mainSearch=%22gericault%22&resPage=2&type=%5B%22tableau%22%5D&idQuery=%228f54777-cf4f-8f2-563d-e734aa56d4%22 Base Joconde]
|-
|[[File:Géricault - Scene from the Epidemic of Yellow Fever in Cadiz, ca. 1819.jpg|170px]]||''Scène de l'épidémie de [[fièvre jaune]] à [[Cadix]]''||1819 vers||huile sur toile||{{dunité|38|46|cm}}
||[[Musée des Beaux-Arts de Virginie]], [[Richmond (Virginie)|Richmond]]||[https://www.vmfa.museum/piction/6027262-178877839/ Musée]
|-
|[[Image:Medusa Study 2.jpg|170px]]||''Cannibalisme sur le radeau de La Méduse''<br>Étude préparatoire ||1818||crayon, [[lavis]], et<br>gouache sur papier,||{{dunité|28|38|cm}}<br>[[musée du Louvre]], [[Département des arts graphiques du musée du Louvre|Arts Graphiques]]||[http://arts-graphiques.louvre.fr/detail/oeuvres/1/513324-Scene-de-cannibalisme-sur-le-radeau-de-la-Meduse Notice du Louvre]
|-
|[[Fichier:Théodore Géricault - Le Radeau de la Méduse esquisse (salon de 1819).jpg|170px]]||''Le Radeau de La Méduse''<br>(première esquisse)||1818||huile sur toile||{{dunité|37.5|46|cm}}||[[musée du Louvre]], Paris||[https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/joconde/000PE001300?listResPage=2&mainSearch=%22gericault%22&resPage=2&type=%5B%22tableau%22%5D&idQuery=%22fe64661-006d-3f17-fb0-7382e3c8b8%22 Base Joconde]
|-
|[[Fichier:Theodore Gericault 034 (27956578379).jpg|170px]]||''Le Radeau de La Méduse''<br>(deuxième esquisse)||1818||huile sur toile||{{dunité|65|83|cm}}||[[musée du Louvre]], Paris||[https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/joconde/000PE001301?listResPage=3&mainSearch=%22gericault%22&resPage=3&type=%5B%22tableau%22%5D&idQuery=%22213ca6f-b0dd-ab7-aeb3-85f3cf5c463d%22 Base Joconde]
|-
|[[Fichier:JEAN LOUIS THÉODORE GÉRICAULT - La Balsa de la Medusa (Museo del Louvre, 1818-19).jpg|170px]]||''Le Radeau de La Méduse''||1818-1819||huile sur toile||{{dunité|491|716|cm}}
||[[Musée du Louvre]]||[https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/joconde/000PE001303 Base Joconde]
|}

=== L'exécution du tableau ===

Après s'être réconcilié avec sa tante, Géricault se rase le crâne et s'astreint à une discipline de vie monastique dans son atelier au [[Quartier du Faubourg-du-Roule|Faubourg-du-Roule]], de {{date-|novembre 1818}} à {{date-|juin 1819}}<ref name="christiansen" />. Il ne sort que très rarement, et uniquement le soir, à tel point que sa concierge lui apporte ses repas<ref name="christiansen" />. Il vit dans une petite chambre attenante à l'atelier avec son assistant âgé de dix-huit ans, Louis-Alexis Jamar ; ceux-ci se disputent parfois, et, un soir, Jamar s'enfuit et ne revient que deux jours plus tard, après que Géricault réussit à le persuader. L'artiste, dont l'atelier est très bien rangé, travaille méthodiquement et dans le silence le plus complet : il trouve que le simple bruit d'une souris brise sa concentration<ref name="christiansen" />.

Géricault a l'habitude de faire poser ses amis, et notamment [[Eugène Delacroix]] (1798-1863), qui servit de modèle au personnage situé au premier plan, le jeune homme du centre gisant sur le ventre<ref>{{lien web|url=https://www.kazoart.com/blog/loeuvre-a-la-loupe-le-radeau-de-la-meduse-de-gericault/|site=kazoart.com|titre=L’Œuvre à la loupe : Le Radeau de la Méduse de Géricault|auteur=Cécile Martet|en ligne le=28 septembre 2018|consulté le=13 octobre 2019}}</ref>{{,}}<ref>{{lien web|url=https://www.histoire-image.org/fr/etudes/manifeste-romantisme|site=histoire-image.org|titre=UN MANIFESTE DU ROMANTISME|auteur=Malika DORBANI-BOUABDELLAH|en ligne le=mars 2016|consulté le=13 octobre 2019}}</ref>. Deux des survivants servent de modèles pour les personnages figurés par des ombres au pied du mât<ref name="Hagen & Hagen, 376"/> ; trois visages sont peints d'après ceux d'[[Alexandre Corréard]], Savigny et Lavillette. Jamar, quant à lui, pose nu pour le jeune homme mort au premier plan, sur le point de tomber à l'eau, et sert également de modèle à deux autres personnages<ref name="christiansen" />.

L'artiste peint avec de petits pinceaux et des huiles visqueuses, ce qui lui laisse peu de temps pour modifier son travail ; la peinture est sèche le lendemain matin. Il conserve chaque couleur séparément, à l'écart des autres : sa [[palette (peinture)|palette]] comporte du [[vermillon]], du blanc, du [[jaune de Naples]], quatre [[ocre]]s différents (deux jaunes et deux rouges), deux [[terre de Sienne|terres de Sienne]] (une pure et une brûlée), un rose foncé, du [[carmin]], du [[bleu de Prusse]], du gris-noir obtenu avec des noyaux de pêche brûlés, du [[Noir animal|noir d'ivoire]] et du [[bitume (pigment)|bitume de Judée]] pour [[apprêt (peinture)|apprêter]] la toile<ref name="christiansen" />. Ce dernier donne un aspect velouté et lustré à la peinture une fois appliquée, mais au bout d'une longue période se forme une pellicule noire indélébile, même par une restauration, et la toile se resserre, ce qui provoque le craquèlement de la surface du tableau. Par conséquent, certains détails deviennent aujourd'hui très difficiles à distinguer<ref name=banham>{{Lien web |langue=en |auteur=Joanna Banham |url=http://www.tes.co.uk/article.aspx?storycode=375817 |titre=Shipwreck! |jour=11 |mois=février |année=2003 |site=Times Educational Supplement |consulté le=13 février 2014 }}</ref>.

[[Image:Couleurs radeau meduse.png|vignette|alt=Les seize couleurs de la palette de Géricault utilisées dans le tableau.|Les seize couleurs de la palette de Géricault utilisées dans le tableau : vermillon, blanc, [[jaune de Naples]], [[ocre jaune]], ocre d'or, [[ocre rouge]], ocre rouge foncée, [[terre de Sienne]] naturelle, rouge de Mars, terre de Sienne brûlée, laque carminée, [[bleu de Prusse]], noir de pêche, [[Noir animal|noir d'ivoire]], terre de Cassel, [[bitume (pigment)|bitume de Judée]]<ref name="christiansen" />.]]

Géricault réalise une esquisse de la composition finale sur la toile. Il fait alors poser chaque modèle séparément, et peint les personnages à la suite les uns des autres, à l'inverse de la méthode traditionnelle suivant laquelle le peintre travaille d'emblée sur la composition entière. Son attention particulière portée à des éléments ainsi individualisés donne à l’œuvre « une matérialité troublante »<ref name="Wintle246">{{Ouvrage |langue=en |auteur1=Justin Wintle |titre=Makers of Nineteenth Century Culture |sous-titre=1800-1914 |lieu=Londres |éditeur=[[Routledge]] |année=2001 |pages totales=709 |passage=p.246 |isbn=0-415-26584-3}}</ref> et témoigne d'une recherche de théâtralité – ce que certains critiques de l'époque considèrent comme un défaut. L'artiste, détourné de son œuvre par d'autres projets de moindre importance, réalise le tableau final en huit mois<ref name="Miles, 180"/> ; l'ensemble du projet lui prend en tout plus d'un an et demi<ref name="christiansen" />. Montfort, un de ses amis, déclare plus de trente ans après l'achèvement de l’œuvre :

{{Citation bloc|[La méthode de Géricault] me fascinait tout autant que sa prolificité. Il peignait directement sur la toile blanche, sans esquisse grossière ou une quelconque préparation, hormis les contours nettement tracés, et pourtant son œuvre était parfaitement structurée. J'étais frappé par l'attention extrême qu'il manifestait en observant le modèle, avant de poser le pinceau sur la toile. Il semblait s'exécuter lentement, alors qu'en réalité il peignait très rapidement, disposant chaque touche de peinture à sa place et n'ayant que rarement besoin d'effectuer des rectifications. On voyait un mouvement à peine perceptible de son corps ou de ses bras. Son expression était tout à fait paisible<ref name=christiansen/>{{,}}<ref>{{Harvsp|Eitner|2002|p=102}}</ref>... }}

== Description de l’œuvre ==
''Le Radeau de La Méduse'' dépeint le moment où, après treize jours passés à dériver sur le radeau, les quinze survivants voient un bateau approcher au loin, alors même que l'état de l’embarcation de fortune est proche de la ruine<ref name="Christine" />. La monumentalité du format ({{Dunité|491|716|cm}}) fait que les personnages en arrière-plan sont à échelle humaine, et que ceux au premier plan sont même deux fois plus grands qu'un homme : proches du plan de l’œuvre, entassés, les personnages créent un effet d'immersion du spectateur dans l'action du tableau<ref name=banham/>.

[[Fichier:Théodore Géricault "The raft of the Medusa".jpg|vignette|alt=Détail du tableau, montrant deux personnages mourants.|Détail du coin en bas à gauche de la toile, montrant deux personnages mourants.]]

Le radeau de fortune semble sur le point de sombrer, voguant dans une mer déchaînée, tandis que les naufragés sont représentés totalement anéantis et désemparés. Un vieil homme tient la dépouille de son fils sur ses jambes ; un autre pleure de rage, abattu ; un cadavre sans jambes à gauche évoque les pratiques anthropophages qui ont eu lieu sur le radeau réel tandis que des taches éparses de rouge sang rappellent les affrontements. Plusieurs corps jonchent le radeau, au premier plan, sur le point de tomber à l'eau en raison des vagues. Les hommes au milieu de l'embarcation viennent d'apercevoir un bateau au loin ; l'un d'entre eux le montre du doigt, tandis qu'un membre [[Afrique|africain]] de l'équipage, Jean-Charles<ref>{{Harvsp|Hagen|Hagen|2007|p=378}}</ref>, se tient debout sur une barrique vide et agite sa chemise en l'air afin d'attirer l'attention du navire<ref>{{Harvsp|Muther|1907|p=224}}</ref>.

La composition picturale est essentiellement basée sur trois structures pyramidales. La première est formée par le mât et les cordes qui le tiennent. Elle englobe la seconde à la gauche du tableau, formée par des hommes morts ou désespérés. La troisième met en scène, à sa base, des cadavres et des mourants, desquels émergent les survivants ; à son sommet culmine l'espoir de sauvetage, avec la figure centrale d'un homme noir agitant sa chemise. Certains y ont vu une critique de l'[[Empire colonial français|Empire Colonial Français]] conservateur et esclavagiste. Géricault peint comme héros central un homme noir. Son modèle est [[Joseph le Nègre|Joseph]]<ref>{{Lien web |langue=fr |titre=Qui était Joseph, modèle noir du Radeau de la Méduse ? |url=https://www.franceculture.fr/peinture/qui-etait-joseph-modele-noir-du-radeau-de-la-meduse |site=France Culture |date=2019-03-22 |consulté le=2020-06-04}}</ref>, un [[Haïti]]en qui a posé pour lui et d'autres artistes<ref name=":2">{{lien web|titre=Joseph, le nègre|url=https://musees-occitanie.fr/musees/musee-de-cahors-henri-martin/collections/peinture-du-xixe-siecle/adolphe-brune/joseph-le-negre/|éditeur=musees-occitanie.fr|consulté le=7 avril 2018}}</ref>. Il s'agit du premier héros de la peinture occidentale sans nom et vu de dos<ref>{{Ouvrage|auteur1=Bruno Chenique, Sylvie Lecoq-Ramond,|titre=Géricault, la folie d'un monde|éditeur=Hazan|année=2006|passage=143|isbn=}}</ref>.

Le tableau serait une œuvre hostile à la [[Seconde Restauration|Restauration]] et aux [[Émigration française (1789-1815)|émigrés]], mais aussi une dénonciation de l'[[esclavage]]. C'est pourquoi Géricault y peint trois figures d'hommes noirs (pour lesquels un seul modèle a posé prénommé [[Joseph (modèle)|Joseph]]), alors qu'il n'y en aurait eu qu'un seul parmi les rescapés en plus d'une cantinière jetée à l'eau le {{nobr|13 juillet}} en compagnie d'autres blessés. L'artiste semble prendre position contre la [[Commerce triangulaire|traite négrière]], qui se pratique toujours malgré son interdiction supposée<ref>{{lien web|url=https://www.lemonde.fr/culture/article/2012/07/16/gericault-reporter-du-naufrage-de-la-meduse_1734228_3246.html|titre=Géricault, reporter du naufrage de "La Méduse"|éditeur=lemonde.fr|date=17 juillet 2012|auteur=Philippe Dagen|consulté le=16 décembre 2016}}</ref>.

Le tableau est construit sur la règle des tiers qui découpe la toile en trois parties égales en hauteur et en largeur et attire l'œil sur les éléments principaux placés à la rencontre des lignes de force qui quadrillent la peinture. La ligne d'horizon séparant la mer du ciel est placée en hauteur et découpe au loin une mer calme alors que Géricault la rend très agitée autour du radeau, accentuant le côté dramatique de la scène. Ce faisant, il commet une erreur en peignant une vague [[déferlante]] (modèle des vagues du Havre) alors que la côte mauritanienne est balayée par une houle océanique qui se brise doucement sur une barre<ref>{{Ouvrage|auteur1=Lionel Salem|titre=La science dans l'art|éditeur=[[Éditions Odile Jacob|Odile Jacob]]|année=2000|passage=55|isbn=}}</ref>.

[[Fichier:Radeau meduse structure 3 pyramids.jpg|vignette|left|alt=Schéma de la composition du tableau.|Schéma indiquant les trois pyramides et les diagonales composant la structure du tableau. La position de ''l'Argus'' est matérialisée par un point de couleur jaune.]]

L'attention du spectateur est en premier lieu dirigée vers le centre de la toile, puis sur le mouvement des survivants, montrés de dos et avançant vers la droite du tableau<ref name="Boime142">{{Ouvrage |langue=en |auteur1=Albert Boime |titre=Art in an Age of Counterrevolution 1815–1848 |lieu=Chicago |éditeur=[[University of Chicago Press]] |année=2004 |pages totales=749 |passage=p.142 |isbn=0-226-06337-2 |lire en ligne=https://books.google.com/books?id=24Hgr0U8K3QC&printsec=frontcover}}</ref>. Selon l'historien de l'art Justin Wintle, {{citation|une dynamique diagonale et horizontale nous conduit des cadavres en bas à gauche de l’œuvre aux vivants dans le coin opposé}}<ref name="Wintle246" />. Deux autres lignes diagonales sont utilisées pour renforcer la tension dramatique. L'une d'entre elles suit le mât et son [[gréement]], et conduit l’œil du spectateur vers une vague en passe de submerger le radeau, tandis que la seconde, qui suit les corps jonchant l'embarcation, mène vers la silhouette lointaine de ''l'Argus''<ref name="Louvre" />.

Certains naufragés sont peints les pieds bandés. Une rumeur veut que Géricault ne soit pas très doué pour représenter les pieds et ait masqué cette difficulté en leur bandant les pieds avec des tissus. En réalité, les rescapés lui avaient expliqué qu'ils protégeaient la peau de leurs pieds constamment immergés avec des bouts de tissu<ref>{{Ouvrage|auteur1=[[Armand Dayot]]|titre=L'Art et les artistes|sous-titre=art ancien, moderne, décoratif|éditeur=|année=1920|passage=332}}</ref>.

La palette de Géricault est composée de couleurs aux tons pâles, afin de représenter la chair des personnages, ainsi que de couleurs sombres pour les vêtements, le ciel et l'océan<ref name="Wilkin">{{Article |langue=en |auteur1=Karen Wilkin |titre=Romanticism at the Met |périodique=The New Criterion |volume=22 |numéro=4 |mois=décembre |année=2003 |pages=37 |lire en ligne= }}</ref>. Cependant, ce sont les couleurs sombres qui dominent, en raison de l'usage de pigments bruns ; Géricault pense que ce choix permet de mieux suggérer le caractère tragique de la scène<ref name="Miles, 180" />. La lumière dans l’œuvre, qui présente de violents contrastes entre la clarté et l'obscurité, est qualifiée de « [[caravagisme|caravageresque]] »<ref name="Nov85" />, période [[ténébrisme|ténébriste]]. En outre, pour représenter l'océan, Géricault utilise un vert très sombre au lieu d'un bleu profond, ce qui aurait pu créer un contraste avec les couleurs du radeau et des personnages<ref name="M226">{{Harvsp|Muther|1907|loc=p.225-226}}</ref>. Les rayons qui percent la couche nuageuse donnent une lumière crépusculaire qui accentue le côté dramatique de la scène en éclairant les corps des cadavres. Du lieu lointain où se trouve le navire de secours brille un point lumineux qui ajoute de la lumière à une scène très sombre<ref name="M226"/>.

== Influences : des maîtres de la Renaissance au classicisme français ==

=== Influence principale : le néoclassicisme français ===
''Le Radeau de La Méduse'' emprunte beaucoup d'éléments aux peintres contemporains de Géricault comme [[Jacques-Louis David]] (1748-1825) et [[Antoine-Jean Gros]] (1771-1835) qui peignent des événements d'actualité de manière monumentale. Au {{s-|XVII|e}}, les naufrages deviennent un lieu commun de la [[marine (peinture)|marine]], alors même que ceux-ci sont de plus en plus fréquents, devant l'augmentation du trafic maritime. [[Claude Joseph Vernet]] (1714-1789) réalise un grand nombre de ce type d’œuvres<ref>{{Lien web |langue=en |auteur=Richard Lacayo |url=http://lookingaround.blogs.time.com/2007/01/08/more_fear_of_flying/ |titre=More fear of flying |jour=8 |mois=janvier |année=2007 |site=Time Magazine |consulté le=20 février 2014 }}</ref>, parvenant à rendre les couleurs de manière très fidèle à la réalité – au contraire de la plupart des artistes d'alors ; il aurait d'ailleurs dressé lui-même un mât sur un bateau, afin de vivre une tempête<ref>{{Lien web |langue=en |url=http://www.nga.gov/feature/artnation/vernet/index.shtm |titre=Claude Joseph Vernet: The Shipwreck |site=National Gallery of Art |consulté le=20 février 2014 }}</ref>.

[[Fichier:David - The Death of Socrates.jpg|vignette|alt=Tableau représentant la mort de Socrate.|[[Jacques-Louis David]], ''[[La Mort de Socrate (David)|La Mort de Socrate]]'', 1787, {{Unité|129.5|cm}} × {{Unité|196.2|cm}}, [[Metropolitan Museum of Art]]. David incarne le courant [[néo-classicisme|néoclassique]], que Géricault a remis en cause.]]

Bien que les hommes représentés dans l’œuvre aient passé treize jours à dériver sur un radeau, souffrant de la faim, de maladies et de cannibalisme, Géricault les peint musclés et en bonne santé, dans la tradition de la peinture héroïque. Selon l'historien de l'art Richard Muther, l'influence du [[Classicisme#Peinture|classicisme]] est prégnante dans le tableau : pour lui, le fait que les personnages soient peints quasiment nus témoigne d'une volonté d'éviter de peindre des vêtements « en décalage avec l'atmosphère de l’œuvre ». Il remarque également qu'{{citation|il y a toujours quelque chose d'académique dans ces personnages, qui ne semblent pas avoir été suffisamment affaiblis par la faim et la soif, les maladies et la lutte pour la survie<ref name="M226" />}}.

En outre, l'influence de Jacques-Louis David est perceptible en premier lieu dans le choix d'une toile de très grande taille, mais aussi dans la tension sensible des corps des personnages, sur le modèle de la [[sculpture]], et dans la manière de peindre un moment particulièrement crucial – la vision au loin du bateau approchant – avec hiératisme<ref name="Nov85">{{Harvsp|Novotny|1960|loc=p.85}}</ref>. En [[1793 en arts plastiques|1793]], David peint déjà un événement contemporain d'importance dans ''[[La Mort de Marat]]''. L'élève de David, Antoine-Jean Gros, est comme lui le {{citation|représentant d'une école au style grandiose, irrémédiablement associée à une cause perdue}}<ref>{{Harvsp|texte=Brown et Blaney, in Noon 2003|p=49}}</ref>, mais, dans des œuvres majeures, il accorde autant d'importance à [[Napoléon Ier|Napoléon]] qu'à des morts ou des mourants anonymes<ref name="R77" />{{,}}<ref group="N">Voir par exemple ''[[:Image:Antoine-Jean Gros - Bonaparte visitant les pestiférés de Jaffa.jpg|Bonaparte visitant les pestiférés de Jaffa]]'' (1804) '' et [[:Image:Gros, Napoleon at Eylau.jpg|Napoléon à la bataille d'Eylau]]'' (1807)</ref>. Géricault est tout particulièrement marqué par la toile réalisée par Gros en 1804, ''[[Bonaparte visitant les pestiférés de Jaffa]]''<ref name="Eitner" />.

[[Fichier:Gros - Napoleon on the Battlefield of Eylau cropped.png|vignette|gauche|upright|alt=Détail d'un tableau représentant Napoléon à la bataille d'Eylau.|[[Antoine-Jean Gros]], détail tiré de ''Napoléon à la Bataille d'Eylau'', 1807, musée du Louvre. Comme Gros, Géricault avait vu et ressentait le sentiment de trouble que provoquait la violence, et était désespéré par les dégâts humains qu'elle provoque<ref name="Eitner" />.]]

En raison de sa volonté de représenter la réalité avec ce qu'elle a de repoussant, ''Le Radeau de La Méduse'' est une figure marquante du mouvement [[Romantisme français|romantique]] émergent dans la peinture française, et pose les fondements d'une révolution esthétique, en réaction au style [[Peinture néo-classique|néoclassique]] qui domine alors<ref name="N14">{{Harvsp|Néret|2000|p=14-16}}</ref>. La structure de la composition – notamment la composition pyramidale – et la manière de représenter les personnages utilisés par Géricault se rattachent au courant classique<ref name="sitelouvre" />, mais le caractère réaliste du sujet incarne une évolution majeure et marque la rupture entre le courant néoclassique et le courant romantique naissant. Jusqu'en [[1815 en arts plastiques|1815]], Jacques-Louis David, alors en exil à [[Bruxelles]], est à la fois l'artiste le plus représentatif de la peinture historique – un genre très populaire qu'il contribue à enrichir – et un maître du courant néoclassique<ref>{{Lien web |langue=en |url=http://www.getty.edu/art/exhibitions/david/ |titre=Jacques-Louis David: Empire to Exile |site=Getty Museum |consulté le=20 février 2014 }}</ref>. Les deux genres survivent à travers les œuvres de peintres comme Antoine-Jean Gros, [[Jean-Auguste-Dominique Ingres]], [[François Gérard]], [[Anne-Louis Girodet]], [[Pierre-Narcisse Guérin]] (qui sera le maître de Géricault ainsi que de Delacroix), et d'autres artistes sous l'influence de l’œuvre de David et [[Nicolas Poussin]] – représentant majeur du classicisme. Dans son journal, Delacroix porte un regard catégorique sur ces peintres, peu avant le Salon de 1819 : {{citation|Le curieux mélange d'éléments classiques avec un regard réaliste, que David a imposé à la peinture, perd désormais sa force et son intérêt. Le maître lui-même vit ses dernières années, exilé à Bruxelles. Son élève le plus dévoué, Girodet, un classique raffiné et cultivé, produit des œuvres sans aucune chaleur. Gérard, portraitiste de renom durant l'Empire, se rallia à l'école des grandes fresques historiques, mais sans enthousiasme}}<ref name="Wellingtonxi">{{Ouvrage |langue=fr |auteur1=Eugène Delacroix |titre=Le Journal d'Eugène Delacroix |lieu=Paris |éditeur=Plon) |année=1932 }}</ref>.

''Le Radeau de La Méduse'' se rattache à cette dernière école par l'utilisation des mêmes mouvements et d'un grand format. Néanmoins, il s'en détache car il met en scène des gens ordinaires plutôt que des héros. En effet, le tableau de Géricault n'en comporte aucun, et ses personnages n'ont d'autre objectif que la survie. Selon les termes d'une critique, il représente {{citation|les espoirs déçus, la souffrance extrême, et l'instinct de survie basique qui outrepasse toutes les considérations morales et fait plonger l'homme civilisé dans la barbarie}}<ref name="Christine"/>. La musculature parfaite du personnage central, qui tente d'attirer l'attention du bateau de sauvetage, est une réminiscence du néoclassicisme, bien que le naturalisme des lumières et des ombres, l'authenticité du désespoir manifesté par les survivants et l'émotion suscitée par la composition de l’œuvre distinguent le tableau de l'austérité néoclassique. Le choix du sujet, tout comme la facture emportée du style utilisé pour dépeindre les moments de tension, sont également emblématiques du mouvement romantique<ref name="Wilkin"/>{{,}}<ref name=sitelouvre>{{Lien web |langue=fr |url=http://cartelfr.louvre.fr/cartelfr/visite?srv=car_not_frame&idNotice=22541 |titre=Le Radeau de La Méduse |site=Site officiel du musée du Louvre |consulté le= 14 février 2014}}</ref>.

=== Autres influences : les peintres de la Renaissance italienne et les scènes de naufrage ===
[[Fichier:LastjudgementCharon.jpg|vignette|alt=Détail du plafond de la chapelle Sixtine peint par Michel-Ange.|Détail du ''[[Le Jugement dernier (Michel-Ange)|Jugement dernier]]'' ornant le [[plafond de la chapelle Sixtine]]. Géricault déclara : {{citation|[[Michel-Ange]] me procura des frissons le long de la colonne vertébrale, ces âmes perdues se détruisant l'une et l'autre renforçaient la grandeur tragique de la [[chapelle Sixtine]]<ref>Extrait du film d'Adrien Touboul avec Georges-Antoine Borias, 10 min 11 s.</ref>}}.]]

En plus du classicisme français, Géricault s'inspire des grandes œuvres de maîtres de la [[Peinture de la Renaissance|Renaissance]], telles que ''[[La Transfiguration (Raphaël)|La Transfiguration]]'' de [[Raphaël (peintre)|Raphaël]] ou ''[[Le Jugement dernier (Michel-Ange)|Le Jugement dernier]]'' de [[Michel-Ange]]<ref name="Clark">{{Ouvrage |langue=en |auteur1=Kenneth Clark |titre=The Nude |sous-titre=A Study in Ideal Form |éditeur=[[Princeton University Press]] |année=1990 |pages totales=269 |isbn=0-691-01788-3}}</ref>. Le personnage du vieil homme au premier plan pourrait être une référence au [[Ugolin della Gherardesca|comte Ugolin]] de la ''[[Divine Comédie]]'' de [[Dante Alighieri]] – une œuvre dont Géricault voit plusieurs représentations picturales –, et semble avoir été inspiré par un Ugolin issu d'un tableau d'[[Johann Heinrich Füssli|Henry Fuseli]] (1741-1825), que l'artiste aurait pu voir imprimé. Dans la ''Divine Comédie'', Ugolin se rend de surcroît coupable de [[cannibalisme]] ; or, c'est l'un des aspects les plus marquants du récit du naufrage de ''la Méduse''. L'allusion semble ainsi suggérer le fait que ce vieil homme a commis le même crime<ref name="R73">{{Harvsp|Riding|2003|loc=p.73}}. [[:Image:Ugolino and his Sons Starving to Death in the Tower 1806 1a.jpg|Imprimé d'après l'Ugolin de Fuseli]]</ref>. Une étude préliminaire pour ''Le Radeau de La Méduse'', réalisée à l'[[aquarelle]] et conservée au [[Musée du Louvre|Louvre]], est bien plus explicite : celle-ci montre un personnage en train de ronger le bras d'un cadavre décapité<ref>''Scène de cannibalisme sur le radeau de La Méduse''. Musée du Louvre, département des Arts graphiques, RF 53032, recto. Joconde # 50350513324</ref>.
[[Fichier:Shipwreck of the Minotaur William Turner.jpg|vignette|left|''Le Naufrage du Minotaur'', [[Joseph Mallord William Turner]].]]
Plusieurs peintres [[Angleterre|anglais]] et [[États-Unis|américains]], comme [[John Singleton Copley]] (1738–1815) et sa ''Mort du major Pierson''<ref group ="N">''[[:Image:John Singleton Copley 001.jpg|La Mort du major Pierson (1784).]]''</ref> – peinte deux ans après l'événement – s'essaient également à représenter des faits récents. De plus, cet artiste peint aussi plusieurs imposantes scènes de désastre en mer que Géricault aurait pu voir imprimées : ''{{langue|en|Watson}} et le requin'' (1778), où un homme noir est le sujet principal et où les acteurs de la scène priment sur le paysage marin, tout comme dans ''Le Radeau de La Méduse'' ; ''La Défaite des batteries flottantes à [[Gibraltar]], {{date-|septembre 1782}}'' (1791), qui influence le style et le choix du sujet de l’œuvre de Géricault ; et ''Scène de naufrage'' (vers 1790)<ref group="N">''[[:Image:SceneofaShipwreck-Copley.png|Scène de naufrage (vers 1790)]]''</ref>, qui présente une composition manifestement similaire<ref name="R77"/>{{,}}<ref name="Nicholson">{{Article |langue=en |auteur1=Benedict Nicholson |titre=The Raft of the Medusa from the Point of View of the Subject-Matter|périodique={{langue|en|Burlington Magazine}} |volume=XCVI |numéro=241-8 |mois=août |année=1954 |lire en ligne= }}</ref>. Une dernière influence, portant à la fois sur le caractère politique du tableau et sur les carcasses démembrées de ses sujets, provient de l’œuvre de [[Francisco de Goya]], et notamment l'estampe {{numéro|39}}, ''{{Langue|es|Grande hazaña! Con muertos!}}'' (« Authentique exploit ! Avec des morts ! ») des [[Les Désastres de la guerre|''Désastres de la guerre'']], série d'[[Eau-forte|eaux-fortes]] réalisées entre [[1810 en arts plastiques|1810]] et [[1812 en arts plastiques|1812]], et son chef-d’œuvre de [[1814 en arts plastiques|1814]], ''[[Tres de mayo|{{langue|es|Tres de Mayo}}]]''. Goya réalise également une scène de catastrophe maritime, sobrement intitulée ''Naufrage'', mais en dépit d'une atmosphère ressemblante, la composition et le style n'ont rien en commun avec ''Le Radeau de La Méduse''. De plus, il est improbable que Géricault ait vu le tableau<ref name="Nicholson"/>{{,}}<ref>{{Ouvrage|langue=en|prénom1=Robert|nom1=Hughes|titre=Nothing If Not Critical|sous-titre=Selected Essays on Art and Artists|lieu=Londres|éditeur=The Harvill Press|année=1990|pages totales=454|passage=51|isbn=0-00-272075-2}}.</ref>.

== Histoire du tableau ==
=== Présentation et réception critique au Salon de 1819 ===
Le tableau est présenté au [[Salon de peinture et de sculpture|Salon]] le {{date-|25 août 1819}}<ref>{{Lien web|url=http://www.louvre.fr/oeuvre-notices/le-radeau-de-la-meduse?selection=2421 |titre=Le Radeau de la Méduse |site=www.louvre.fr |auteur=Séverine Laborie |consulté le=7 mars 2012 }}</ref>, sous le titre générique ''Scène de naufrage'' (le titre initial étant censuré afin d'éviter de s'attirer les foudres de la monarchie)<ref>{{Ouvrage|auteur1=Michel Hanniet|auteur2=Françoise Tavernier|titre=La véridique histoire des naufragés de la Méduse|éditeur=[[Actes Sud]]|année=1991|passage=565|isbn=}}</ref>, bien que son sujet soit évident pour les spectateurs de l'époque<ref name="christiansen" />. Il est incontestablement la pièce maîtresse du salon, si bien que le ''[[Journal de Paris]]'' écrit qu'« il frappe et attire tous les regards ». [[Louis XVIII]], après avoir visité le salon trois jours avant son ouverture officielle, déclare : {{Citation|Monsieur, vous venez de faire un naufrage qui n'en est pas un pour vous}}. La critique se divise : l'horreur et le caractère terrifiant du sujet exercent une certaine fascination sur le public, mais les tenants du [[classicisme]] expriment leur dégoût pour ce qu'ils estiment n'être qu'un « tas de cadavres ». Ils considèrent en outre que son réalisme cru s'écarte beaucoup de la « beauté idéale » incarnée par ''[[Pygmalion amoureux de sa statue|Pygmalion et Galatée]]'' de [[Anne-Louis Girodet|Girodet]], qui triomphe la même année. L’œuvre de Géricault soulève un paradoxe fréquent en art, à savoir celui de transformer un sujet repoussant en un tableau plein de force, et de réconcilier l'art et la réalité. [[Marie-Philippe Coupin de La Couperie|Marie-Philippe Coupin de la Couperie]], un peintre contemporain de Géricault, est quant à lui catégorique : {{Citation|Monsieur Géricault semble se tromper. Le but de la peinture est de parler à l'âme et aux yeux, et non de repousser le public. }} Le peintre a néanmoins de fervents soutiens, tel l'écrivain et critique d'art [[Auguste Jal]], qui admire le fait d'avoir traité d'un sujet politique, ses opinions libérales (par la mise en avant de la figure du « [[nègre]] », et la critique de l'ultra-royalisme), et sa modernité. Pour [[Jules Michelet]], {{Citation|c'est la société tout entière qui se trouve sur le Radeau de La Méduse}}<ref name="Louvre" />.

[[Fichier:The Medusa shown at the Louvre, in color.jpg|vignette|gauche|alt=Tableau représentant un salon du musée du Louvre, où est exposé Le Radeau de La Méduse.|[[Nicolas Sébastien Maillot]], ''Vue du Salon et de l'entrée de la grande galerie du musée royal'' (1831), [[musée du Louvre]], Paris. On peut y voir de chaque côté de l'entrée, à droite ''Le Radeau de La Méduse'' et à gauche la ''Scène de déluge'' de [[Anne-Louis Girodet|Girodet]], ainsi que des œuvres de [[Nicolas Poussin]], de [[Claude Lorrain]] et de [[Jacques-Louis David]] entre autres<ref>{{Ouvrage |auteur1=Christiane Aulanier |auteur2=Georges Salle |titre=Le Salon Carré |éditeur= |année=1951 |passage=61 }}</ref>.]]

L'exposition est soutenue financièrement par le roi [[Louis XVIII]] et présente près de {{unité|1300|œuvres}} individuelles, {{unité|208|sculptures}} et de nombreux travaux d'architecture et gravures<ref name="Eitner" />. Un critique contemporain émet l'idée selon laquelle le nombre d’œuvres présentées et la taille de l'événement témoignent d'une grande ambition. Il note également qu'une centaine de grandes fresques historiques sont exposées, dans le but d'afficher la prodigalité du nouveau régime, et que seuls quelques peintres bénéficiant d'une importante rétribution peuvent alors entreprendre des projets nécessitant autant de temps, d'énergie et de moyens financiers<ref name="Eitner" />.

Géricault cherche délibérément à provoquer la controverse, sur les plans politique et artistique. Les critiques formulent tous des réponses à cette approche assez agressive, et leurs réactions vont de la révulsion à l'admiration, selon qu'ils appartiennent aux soutiens des [[Maison capétienne de Bourbon|Bourbons]] ou des [[Libéralisme politique|libéraux]]. L'empathie envers les naufragés que véhicule le tableau fait que celui-ci est considéré comme un signe de ralliement à la cause anti-royaliste<ref name="sitelouvre" />, à laquelle se rallient notamment deux survivants du radeau, Savigny et [[Alexandre Corréard|Corréard]]<ref name="Christine" />. Il symbolise plus généralement le mépris porté par l'aristocratie envers le peuple<ref name=":0" />. En outre, le choix de placer un homme noir au centre de la composition est très controversé, et manifeste sans nul doute les opinions [[Décret d'abolition de l'esclavage du 27 avril 1848|abolitionnistes]] de l'auteur<ref name="sitelouvre" />. Une critique émet même l'hypothèse que l'exposition du tableau à [[Londres]], peu de temps après, est organisée en raison de l'éclosion d'un mouvement pour l'abolition de l'esclavage en Angleterre<ref>{{Harvsp|Riding|2003|loc=p.71}}</ref>. Le tableau est en soi une prise de position politique : en dénonçant ainsi ce capitaine incompétent car très mauvais navigateur, il pointe les travers de l'armée post-napoléonienne, dont les officiers sont en grande partie recrutés parmi les dernières familles ayant subsisté à la chute de l'[[Ancien Régime]]<ref name="Wilkin"/>.

Dans l'ensemble, le tableau fait forte impression, bien que son sujet en choque beaucoup, qui refusent par conséquent d'admettre qu'il s'agit d'un véritable succès populaire<ref name="christiansen" />. À l'issue de l'exposition, le jury du Salon lui décerne la médaille d'or mais ne va pas jusqu'à lui faire l'honneur de l'intégrer aux collections nationales du [[musée du Louvre]]. En guise de récompense, Géricault obtient une commande sur le thème du [[Sacré-Cœur de Jésus|Sacré-Cœur]], qu'il offre secrètement à [[Eugène Delacroix]], avec la rémunération ; néanmoins, il appose sa signature sur l’œuvre achevée<ref name="christiansen" />. Le peintre se retire ensuite à la campagne, où il s'évanouit de fatigue, et ''Le Radeau de La Méduse'', n'ayant pas trouvé d'acquéreur, est roulé et entreposé dans le studio d'un ami<ref>{{Harvsp|Miles|2008|loc=p.186}}</ref>.

Dans un état [[Dépression (psychiatrie)|dépressif]] après la réalisation du ''Radeau de la Méduse'', Géricault peignit, peut-être à la demande du docteur [[Étienne-Jean Georget|Georget]], médecin-chef à l'[[hôpital de la Salpêtrière]], plusieurs portraits de fous, témoignages de ses recherches de réalisme, dans les limites les plus extrêmes<ref>{{Lien web |langue=fr |titre=La Folle monomane du jeu |url=https://www.louvre.fr/oeuvre-notices/la-folle-monomane-du-jeu |site=Notice du Louvre |date= |consulté le=3 février 2021}}</ref>.

=== Exposition à Londres et en Irlande (1820-1821) ===
[[Fichier:Egyptian Hall, Piccadilly 1815 edited.jpg|vignette|alt=Façade de l'Egyptian Hall à Londres.|En 1820, ''Le Radeau de La Méduse'' connaît le succès lors d'une exposition à l'{{langue|en|Egyptian Hall}} de [[Piccadilly]], à [[Londres]]. {{unité|40000|spectateurs}} s'y rendent et les critiques sont bien plus enthousiastes que lors du Salon de Paris<ref name="guardian">{{Lien web |langue=en |auteur=Adrian Searle |url=http://www.guardian.co.uk/culture/2003/feb/11/artsfeatures.tatebritain |titre=A beautiful friendship |jour=11 |mois=février |année=2003 |site=[[The Guardian|{{langue|en|The Guardian}}]] |consulté le=20 février 2014 }}</ref>{{,}}<ref name="R72">{{Harvsp|Riding|2003|loc=p.72}}</ref>.]]

Géricault fait en sorte que le tableau puisse être exposé à [[Londres]], en [[1820 en arts plastiques|1820]], à l'''{{langue|en|Egyptian Hall}}'' de [[Piccadilly]] (parfois nommé ''{{langue|en|London Museum}}''), où le naturaliste [[William Bullock (naturaliste)|William Bullock]] a ses collections<ref name="R72" />. L’œuvre est présentée au public du {{date-|10 juin}} à la fin de l'année, et est contemplée par {{unité|40000|spectateurs}}<ref name="R72" />. Elle connaît un succès critique bien plus important qu'à [[Paris]]<ref name="sitelouvre" />, et est considérée comme la figure de proue d'une nouvelle tendance de la peinture française. Cette différence de réception publique est en partie due aux conditions d'exposition : à Paris, le tableau est suspendu en hauteur, dans le Salon Carré – une erreur dont Géricault s'aperçoit lorsqu'il voit pour la première fois l’œuvre installée –, tandis qu'à Londres, elle est placée près du sol, ce qui renforce son caractère monumental. D'autres raisons peuvent également expliquer sa popularité en [[Angleterre]], comme {{Citation|un peu d'auto-congratulation nationale}}<ref name="Riding2">{{Harvsp|Riding|2003|loc=p.68-73}}</ref> ; le fait que le tableau soit perçu comme une forme de divertissement à sensation<ref name="Riding2" /> ; ou encore la présence de deux spectacles sur le thème du naufrage de la ''Méduse'', qui se jouent en même temps que l'exposition et qui s'inspirent fortement de la description réalisée par Géricault<ref>{{Article |langue=en |auteur1=Christine Riding |titre=Staging The Raft of the Medusa |périodique=Visual Culture in Britain |volume=5 |mois=hiver |année=2004 |pages=1-26 |lire en ligne= }}</ref>. Le peintre touche l'équivalent de près de {{unité|20000|francs}} (sa part sur le nombre d'entrées), soit beaucoup plus que ce qu'il aurait gagné si le gouvernement français avait fait l'acquisition du tableau<ref>{{Harvsp|Miles|2008|loc=p.197}}</ref>. Après l'exposition londonienne, Bullock emmène ''Le Radeau de La Méduse'' en [[Irlande (pays)|Irlande]] et l'expose à [[Dublin]] en [[1821 en arts plastiques|1821]]. Le succès n'est pas au rendez-vous, probablement en raison de la concurrence d'une exposition d'un panorama mobile, lequel aurait été peint sous la direction de l'un des rescapés<ref>{{Article |langue=en |auteur1=[[Jonathan Crary]]|titre=Géricault, the Panorama, and Sites of Reality in the Early Nineteenth Century |périodique=Grey Room |numéro=9 |mois=automne |année=2002 |pages=16-17 |lire en ligne= }}</ref>.

[[Fichier:Raft-of-the-Medusa-copy par Pierre-Désiré Guillemet et Étienne Antoine Eugène Ronjat.jpg|vignette|gauche|alt=Copie du Radeau de La Méduse.|Copie de l’œuvre par [[Pierre-Désiré Guillemet]] et [[Étienne-Antoine-Eugène Ronjat]], taille réelle, 1859–60, {{dunité|493|717|cm}}, [[musée de Picardie]], [[Amiens]]<ref name=smith/>.]]

=== Conservation après la mort de l'artiste ===
Un décret spécial du {{date-|12 novembre 1824}} autorise le [[Auguste de Forbin|comte Auguste de Forbin]], directeur général du musée du Louvre, à acheter ''Le Radeau de La Méduse'' au nom de l’État<ref name="Brandt" />. La somme de six mille cinq francs est versée à [[Pierre-Joseph Dedreux-Dorcy]], l'ami le plus proche de [[Théodore Géricault]], qui est l'intermédiaire avec le musée durant la vente posthume<ref name="sitelouvre" />. Immédiatement exposée, elle domine la galerie dans laquelle elle se trouve. Le cartouche sur le cadre du tableau porte le sous-titre suivant : {{citation|L'humanité est le seul héros de cette poignante histoire}}<ref name="Louvre" />. À une date inconnue, entre [[1826 en arts plastiques|1826]] et [[1830 en arts plastiques|1830]], le peintre américain [[George Cooke]] (1793-1849) réalise une copie de taille réduite ({{dunité|130.5|196.2|cm}}) qui sera exposée à [[Boston]], [[Philadelphie]], [[New York]] et [[Washington (district de Columbia)|Washington]], devant un public ayant connaissance du scandale provoqué par le naufrage en France et en Angleterre. La critique américaine est enthousiaste, et le tableau inspire des pièces de théâtre, des poèmes, des performances scéniques et même un livre pour enfants<ref>{{Lien web |langue=en |auteur=Nina Athanassoglou-Kallmyer et Marybeth De Filippis |url=http://www.19thc-artworldwide.org/spring_07/articles/newd_atha_print.html |titre=New Discoveries: An American Copy of Géricault's Raft of the Medusa? |site=[[New-York Historical Society|{{langue|en|New-York Historical Society}}]] |consulté le=20 février 2014 }}</ref>. La copie est achetée par un ancien amiral, Uriah Philipps, qui la cède en 1862 à la [[New-York Historical Society|{{Langue|en|New-York Historical Society}}]], qui fait l'erreur de la cataloguer comme une œuvre de [[Gilbert Stuart]]. Elle demeure invisible au public jusqu'en 2006, lorsque l'erreur est révélée par une enquête menée par une professeur d'histoire de l'art de l'[[université du Delaware]]<ref name=moncure>{{Lien web |langue=en |auteur=Sue Moncure |url=http://www.udel.edu/PR/UDaily/2007/nov/medusa111406.html |titre=The case of the missing masterpiece |jour=14 |mois=novembre |année=2006 |site=[[Université du Delaware]] |consulté le=20 février 2014 }}</ref>. Le département de conservation des œuvres artistiques de l'université en entreprend immédiatement la restauration<ref name="moncure"/>.

En 1859-1860, en raison de la détérioration de l’œuvre originale au fil du temps (l'huile était cuite avec trop de plomb et se noircissait), le Louvre en commande une copie conforme à l'échelle destinée à être prêtée pour des expositions hors du musée<ref name=smith>{{Lien web |langue=en |auteur=Roberta Smith |url=https://query.nytimes.com/gst/fullpage.html?res=9A02EEDF173FF933A25753C1A9659C8B63&sec=&spon=&pagewanted=all |titre=Art Review; Oui, Art Tips From Perfidious Albion |jour=10 |mois=octobre |année=2003 |site=[[The New York Times]] |consulté le=20 février 2014 }}</ref>. Les peintres [[Pierre-Désiré Guillemet]] et [[Étienne-Antoine-Eugène Ronjat]] sont chargés de l'exécution de cette copie, conservée aujourd'hui au [[musée de Picardie]] à [[Amiens]], à qui elle fut attribuée lors de son ouverture en 1867<ref>{{Article |auteur1=Antoine Caux |titre=Envie d'être épaté par la galerie ? |périodique=JDA - Journal d'Amiens et d'Amiens Métropole |numéro=917 |date=26 juin - 2 juillet 2019 |issn=2552-318X |lire en ligne=https://fr.calameo.com/books/001202835e391f4dab064 |pages=5 }}</ref>.

À l'automne [[1939 en arts plastiques|1939]], ''Le Radeau de La Méduse'' est retiré du musée en raison des menaces de guerre. Un camion transportant habituellement du matériel destiné aux pièces de la [[Comédie-Française]] conduit le tableau au [[château de Versailles]] la nuit du {{date-|3 septembre}}. Plus tard, ce dernier est déplacé au [[château de Chambord]] où il est conservé jusqu'à la fin de la [[Seconde Guerre mondiale]]<ref> {{Ouvrage |langue=en |auteur1=[[Lynn H. Nicholas]] |titre=[[ Le pillage de l'Europe |The Rape of Europa]] : The Fate of Europe's Treasures in the Third Reich and the Second World War |éditeur=Vintage |année=1994 |pages totales=498 |passage=p.55-56 |isbn=0-679-75686-8}}</ref>. Conservée au sein du Département des peintures, sous le numéro d'inventaire INV 4884, l’œuvre est exposée dans l'aile Denon, en salle 700 (dite Mollien), de 1945 à aujourd'hui<ref name="sitelouvre" />. Elle y côtoie {{unité|26|autres œuvres}} pour la plupart liées aux courants néoclassique et romantique, dont trois tableaux de [[Théodore Chassériau]], quatre tableaux d'[[Antoine-Jean Gros]], un portrait de [[Jeanne d'Arc]] en armure réalisé par [[Jean-Auguste-Dominique Ingres|Ingres]], et surtout huit tableaux d'[[Eugène Delacroix]], le grand ami de Géricault – dont ''[[Scènes des massacres de Scio]], [[La Mort de Sardanapale]]'' et ''[[La Liberté guidant le peuple]]''<ref name="sitelouvre" />. En outre, elle se trouve à proximité de deux autres tableaux de Géricault : ''[[Cuirassier blessé quittant le feu]]'' (1814), et ''[[Officier de chasseurs à cheval de la garde impériale chargeant]]'' (1812)<ref name="sitelouvre" />''.''

== Influence de l’œuvre sur les arts ==
=== Son influence dans l’œuvre d'artistes postérieurs ===
==== En France : Delacroix, Courbet et Rodin ====

Dans sa jeunesse, Géricault est le peintre favori de Delacroix, bien qu'il admirât l’œuvre d’[[Antoine-Jean Gros]] toute sa vie<ref name=Wellingtonxi/>. Dans son journal, il écrit d'ailleurs ceci : {{citation|Géricault m'avait permis de contempler ''Le Radeau de La Méduse'' alors qu'il était encore en train d'y travailler. Cela eut un tel effet sur moi qu'à peine sorti de l'atelier, je commençai à courir tel un forcené jusqu'à chez moi, sans que rien ne puisse m'arrêter.}}<ref name="Wellingtonxi" />{{,}}<ref>{{Harvsp|Miles|2008|loc=p.175-176}}</ref>. La composition dramatique des tableaux de Géricault, avec ses contrastes de ton marqués et ses mouvements hors du commun, pousse Delacroix à oser s'essayer à des formats de grande taille. On peut déceler l'influence du tableau dans ''[[La Barque de Dante (Delacroix)|La Barque de Dante]]'' (1822), ainsi que certaines œuvres plus tardives, telles que'' Le Naufrage de Don Juan'' (1840)<ref name="N14" />.

[[Fichier:Delacroix barque of dante 1822 louvre 189cmx246cm 950px.jpg|vignette|right|alt=Des hommes sur une barque prise dans une mer déchaînée, à la manière de Géricault.|[[Eugène Delacroix]], ''[[La Barque de Dante (Delacroix)|La Barque de Dante]]'', 1822, musée du Louvre, Paris. L'influence du ''Radeau de La Méduse'' sur les travaux du jeune Delacroix est ici évidente, et se retrouve dans les œuvres futures du peintre<ref name="N14" />.]]

Le chef-d’œuvre de Delacroix, ''[[La Liberté guidant le peuple]]'' (1830), serait également directement inspiré du ''Radeau de La Méduse'' ainsi que d'un autre tableau de Delacroix, ''[[Scènes des massacres de Scio]]''. Cependant, comme l'écrit le critique Hubert Wellington : {{citation|Alors que Géricault portait un intérêt particulier aux détails, au point de rechercher des rescapés afin de les prendre pour modèles, Delacroix trouvait sa composition plus vivante si on la comprenait comme un tout. Il concevait ses personnages et ses foules comme des types humains, soumis à la domination de la figure symbolique de la Liberté républicaine, qui est l'une de ses inventions formelles les plus brillantes}}<ref>{{Harvsp|Wellington|1980|loc=p. XV}}</ref>.

[[Fichier:Eugène Delacroix - Le Massacre de Scio.jpg|vignette|left|upright|alt=Tableau représentant les massacres de Scio.|Eugène Delacroix, ''[[Scènes des massacres de Scio]]'', 1824, {{unité|419|cm}} × {{unité|354|cm}}, [[musée du Louvre]], Paris. Ce tableau, directement inspiré du ''Radeau de La Méduse'', fut de surcroît peint en 1824, l'année de la mort de Géricault<ref>{{Harvsp|Wellington|1980|p=19-49}}</ref>.]]

Bien que [[Gustave Courbet]] (1819-1877), figure majeure du [[Réalisme (peinture)|mouvement réaliste]], soit décrit comme un peintre anti-romantique, ses tableaux les plus importants dont ''[[Un enterrement à Ornans]]'' (1849-1850) et ''L'atelier de l'artiste'' (1855) doivent beaucoup au ''Radeau de La Méduse''. Cette influence est non seulement sensible dans le choix d'un grand format, mais aussi dans sa volonté de représenter les gens ordinaires, les événements politiques actuels et les lieux existants avec toute l'épaisseur du quotidien<ref>{{Ouvrage |langue=en |auteur1=T. J. Clark |titre=Farewell to an Idea |éditeur=[[Yale University Press]] |année=2001 |passage=p.21 |isbn=0-300-08910-4}}</ref>. En 2004, une exposition consacrée à Courbet au [[Clark Art Institute]] ([[Massachusetts]], [[États-Unis]]), à partir de la collection du [[musée Fabre]] de [[Montpellier]], a pour ambition de mettre en perspective des peintres réalistes du {{s-|XIX}}, tels que [[Honoré Daumier]] (1808-1879) ou les premières œuvres du jeune [[Édouard Manet]] (1832-1883), avec des peintres romantiques, dont Géricault et Delacroix. L'exposition effectue des comparaisons entre ces différents artistes et note que ''Le Radeau de La Méduse'' a eu une influence capitale sur les peintres réalistes<ref>{{Lien web |langue=en |auteur= Charles Giuliano|url=http://www.maverick-arts.com/cgi-bin/MAVERICK?action=article&issue=148 |titre=Courbet at the Clark |site=Maverick Arts Magazine |consulté le= 20 février 2014}}</ref>. Le critique [[Michael Fried]] estime ainsi que Manet s'est directement inspiré de la figure du père berçant son fils pour son tableau ''Les Anges au tombeau du Christ'' (1864)<ref>{{Harvsp|Fried|1998|p=92}}</ref>.

Le tableau de Géricault inspire également des sculpteurs, dont [[Antoine Étex]], qui réalise en 1839-40 un [[bas-relief]] en bronze à l'effigie du ''Radeau de La Méduse''<ref>{{Harvsp|Miles|2008|p=249}}</ref>. Financée par le fils naturel du peintre, Hippolyte-Georges Géricault, cette sculpture orne son tombeau au [[Cimetière du Père-Lachaise|cimetière du Père Lachaise]]. Albert Elsen, professeur d'histoire de l'art à l'[[université Stanford]], voit quant à lui en ''Le Radeau de La Méduse'' et en ''Scènes des massacres de Scio'' une influence majeure du geste grandiose réalisé par [[Auguste Rodin]] dans son groupe de sculptures monumental ''[[La Porte de l'Enfer]]'' (1880-1917). Il écrit que {{citation|''Scène des massacres de Scio'' et ''Le Radeau de La Méduse'' ont fait se confronter Rodin aux victimes anonymes et innocentes des tragédies de l'histoire, dans un format gigantesque... Si Rodin était certes avant tout inspiré par ''[[Le Jugement dernier (Michel-Ange)|Le Jugement dernier]]'' de [[Michel-Ange]], il avait néanmoins ''Le Radeau de La Méduse'' en guise d'encouragement}}<ref>{{Harvsp|Elsen|1985|p=226}}</ref>.

==== En Angleterre, en Russie et aux États-Unis ====
L'influence du ''Radeau de La Méduse'' se fait sentir chez des artistes en dehors de France, notamment en Angleterre, où le public a pu voir l’œuvre exposée en 1820 à Londres, ainsi qu'aux États-Unis, où une copie à taille réelle est exposée dans de nombreuses villes de la [[Côte est des États-Unis|côte Est]]<ref name="r89">{{Harvsp|Riding|2003|p=89}}</ref>{{,}}<ref>{{Lien web |langue=en |url=http://www.artsmia.org/crossing-the-channel/historical.html |titre=Crossing the Channel |année=2003 |éditeur=Minneapolis Institute of the Arts |consulté le=20 février 2014 }}</ref>. [[Francis Danby]], un peintre britannique né en Irlande, est probablement inspiré par le tableau de Géricault lorsqu'il peint ''Crépuscule sur la mer après la tempête'' (1824). En 1829, il écrit par ailleurs que ''Le Radeau de La Méduse'' est {{citation|la fresque historique la plus brillante et la plus grandiose qu'il lui ait été donné de voir}}<ref>{{Harvsp|Noon|p=85|5 = 2003}}</ref>.

[[Fichier:Joseph Mallord William Turner - A Disaster at Sea - Google Art Project.jpg|vignette|alt=Tableau représentant un bateau voguant dans une mer déchaînée.|[[Joseph Mallord William Turner|J. M. W. Turner]], ''Désastre en mer'' (également connu sous le nom ''Le Naufrage de l'Amphitrite''), entre 1833 et 1835, {{dunité|171.5|220.5|cm}}, [[Tate Britain]], Londres. Turner avait très certainement vu le tableau de Géricault en 1820 à Londres.]]

Le thème de la catastrophe maritime est souvent utilisé par [[Joseph Mallord William Turner|J. M. W. Turner]] (1775-1851), lequel, comme beaucoup de peintres anglais, a probablement vu le tableau de Géricault lors de son exposition à Londres en 1820. Son ''Désastre en mer'' (entre 1833 et 1835) représente un incident similaire : un vaisseau anglais ayant coulé et des personnages mourants au premier plan de l’œuvre. Turner choisit également de placer au centre de la composition un personnage noir de peau, lui aussi en raison de ses opinions abolitionnistes, dans son tableau ''[[Le Négrier]]'' (1840)<ref name="r89" />.

En Russie, les Romantiques français et anglais exercent une grande influence sur les peintres de la seconde moitié du {{s-|XIX}}, et notamment sur [[Ivan Aïvazovski]] (1817-1900)<ref name=":1">{{Lien web|url = http://www.guggenheim.org/new-york/education/school-educator-programs/teacher-resources/arts-curriculum-online?view=item&catid=722&id=44|titre = The coming of age of Russian art: first half of the 19th century|site = [[Musée Solomon R. Guggenheim|Musée Guggenheim]]|consulté le = 22 juin 2014}}</ref>. Peintre de paysages marins, ce dernier est manifestement inspiré par les premières œuvres de Turner, avant d'évoluer vers l'[[impressionnisme]] à la fin de sa carrière<ref>{{Lien web|url = http://www.themoscowtimes.com/news/article/aivazovskys-canvases-awash-in-a-sea-of-color/335356.html|titre = Aivazovsky's Canvases: Awash in a Sea of Color|date = 29 août 1995|site = [[The Moscow Times]]|consulté le = 22 juin 2014|auteur = Owen Matthews}}</ref>. Son tableau le plus célèbre, ''[[La Neuvième Vague]]'' (1850), est toutefois très proche du ''Radeau de La Méduse''<ref>{{Lien web|url = http://www.day.kiev.ua/en/article/culture/ivan-aivazovsky-and-his-circle-exposition-kyivs-museum-russian-art|titre = Ivan Aivazovsky and his Circle exposition at Kyiv’s Museum of Russian Art|date = 2 novembre 1999|site = www.day.kiev.ua|consulté le = 22 juin 2014}}</ref>, tant dans sa thématique que son exécution. À l'instar de Géricault, Aïvazovski met en scène le combat de l'homme contre les éléments naturels et crée un effet d'attente chez le spectateur, qui se demande si les naufragés seront finalement secourus<ref name=":1" />.

[[Fichier:Winslow Homer - The Gulf Stream - Metropolitan Museum of Art.jpg|vignette|left|alt=Tableau représentant une barque voguant dans une mer agitée, avec un homme noir à son bord.|[[Winslow Homer]], ''The Gulf Stream'', 1899, {{dunité|71.5|124.8|cm}}, [[Metropolitan Museum of Art]], New York.]]

{{Langue|en|texte = ''The Gulf Stream''}} (1899), du peintre américain [[Winslow Homer]] (1836-1910), reproduit la composition du'' Radeau de La Méduse'' : une embarcation endommagée au centre du tableau, entourée par les requins et menacée d'être renversée par les vagues. À nouveau, comme Géricault et Turner, Homer fait d'un homme noir le personnage central de la scène, même s'il est le seul occupant du rafiot. Un bateau visible au loin rappelle l'Argus, un [[Brick (bateau)|brick]] qui accompagnait ''La Méduse'' et que Géricault avait représenté à l'arrière-plan<ref name="Dorment">{{Article |langue=en |auteur1=Richard Dorment |titre=Painting the Unpaintable |périodique=The New York Review of Books |jour=27 |mois=septembre |année=1990 |lire en ligne= }}</ref>. Toutefois, il s'agit ici d'une œuvre appartenant au courant réaliste et non romantique, notamment en raison du caractère stoïque et résigné du personnage central. Dans des tableaux antérieurs, la situation de l'homme aurait traduit soit une espérance, soit un profond désespoir<ref>{{Ouvrage |langue=en |auteur1=Randall C. Griffin |titre=Homer, Eakins & Anshutz |sous-titre=The Search for American Identity in the Gilded Age |éditeur=Penn State Press |année=2004 |pages totales=224 |passage=p.102 |isbn=0-271-02329-5}}</ref> ; désormais, elle traduit une {{citation|rage contenue}}<ref name="Dorment" />

==== Dans l'art contemporain ====
L’œuvre de Géricault n'inspire guère les artistes au tournant du {{s-|XX}}, mais a une influence sur de nombreux artistes contemporains, notamment à partir des années 1970. En 1975, un collectif de peintres nommé Les Malassis réalise une fresque librement inspirée du tableau sur les façades du centre commercial [[Grand'Place (Grenoble)|Grand'Place]] à [[Grenoble]]. Dans cette série de panneaux monumentaux ({{unité|2000|m|2}}) intitulée ''Onze variations sur Le Radeau de La Méduse ou La dérive de la société'', ce collectif proche de mouvements d'[[Extrême gauche en France|extrême gauche]] de l'après [[Mai 68]] dénonce les dérives de la [[société de consommation]] en dépeignant un univers consumériste, entre frites congelées et boîtes de conserve<ref>{{Lien web|url = https://www.humanite.fr/node/372856|titre = Exposition. Retour sur une exposition consacrée à la Coopérative des Malassis. Dans l'immédiat 68, des peintres se rebiffent.|langue = fr|auteur = Gilles de Staal|jour = 29|mois = novembre|année = 1999|consulté le = 20 février 2014|site = [[L'Humanité]]}}</ref>. En 1987, l'artiste plasticien, [[Jean-Claude Meynard]], réalise une série picturale de 15 grandes toiles intitulée : ''Le Radeau des Muses.'' Il y aborde la question de la survie du sujet en peinture<ref>{{Lien web |langue=fr |url=http://jeanclaudemeynard.com/GM_Radeau_Muses.html |titre=Série ''le Radeau des Muses'' |site=Site officiel de l'artiste |consulté le= 20 février 2014}}</ref>. La même année, [[Speedy Graphito]] présente une exposition sur le thème du ''Radeau de La Méduse'', ''Le Radeau des Médusés''. {{unité|600|exemplaires}} d'un ouvrage avec les principales toiles de l'exposition et un texte relatant l'histoire imaginaire d'un de ses ancêtres qui aurait fait partie des survivants du radeau de ''La Méduse ''ont été édités. L'artiste islandais [[Erró]] réalise quant à lui une toile nommée ''Poupée du Radeau de La Méduse ''et conservée au [[Musée d'art de Reykjavik|{{langue|en|Reykjavik Art Museum}}]], sur le site de Hafnarhus. Enfin, au début des années 1990, le sculpteur [[John Connell]] réalise une œuvre nommée {{langue|en|''The Raft Project''}} : il récrée pour cela ''Le Radeau de La Méduse'' en produisant des sculptures grandeur nature représentant les personnages du tableau (bois, papier et goudron), puis en les plaçant sur un grand radeau de bois<ref>Article sur l'œuvre de Connell dans ARTnews de l'été 1993.</ref>.

L’œuvre continue à inspirer les artistes au {{s-|XXI}}. Le photographe {{lien|fr=Sergueï Ponomariov|lang=en|trad=Sergey Ponomarev (photographer)}} du ''[[The New York Times|New York Times]]'' remporte le [[prix Pulitzer de la photographie d'actualité|prix 2016 Pulitzer de la photographie d'actualité]] pour sa photo d'une embarcation de migrants aux abords des côtes de l'île de [[Lesbos]] qui rappelle la toile de Théodore Géricault<ref>{{Lien web|url=https://www.huffingtonpost.fr/2016/04/19/prix-pulitzer-photo-sergey-ponomarev-radeau-meduse_n_9728410.html|titre=Cette photo incroyable, digne du "Radeau de la méduse", gagne le prix Pulitzer|auteur=Anthony Berthelier|date=5 octobre 2016|site=huffingtonpost.fr}}.</ref>

=== Son influence dans la littérature et la culture populaire ===
[[Fichier:Brassens TNP 1966.jpg|vignette|upright|[[Georges Brassens]] fait référence au ''Radeau de La Méduse'' dans l'une de ses plus célèbres chansons, ''[[Les Copains d'abord]]''.]]
[[Fichier:Le Rire Journal humoristique le radeau de la Méduse.pdf|vignette|Couverture du journal ''Le Rire'' {{Numéro|392}} du {{Date-|6 août 1910}}, ''« - Mâtin ! Dans ce costume-là, vous êtes gentille à croquer. - Vous excitez pas... On n'est pas sur la radeau de la Méduse ! ...»'']]
En raison de sa célébrité et de son influence importante sur les arts, ''Le Radeau de La Méduse'' est l'objet de nombreuses références dans la littérature et la culture populaire. Dans ''[[L'Assommoir]] ''(1877)'', ''[[Émile Zola]] en fait mention, lorsque la noce se rend au musée du Louvre<ref group ="N">Voir chapitre 3, {{p.|94-95}}: « Que de tableaux, sacredié ! ça ne finissait pas. Il devait y en avoir pour de l’argent. Puis, au bout, M. Madinier les arrêta brusquement devant ''Le Radeau de La Méduse'' ; et il leur expliqua le sujet. Tous, saisis, immobiles, se taisaient. Quand on se remit à marcher, Boche résuma le sentiment général : c’était tapé. »</ref>. L'écrivain [[François Weyergans]] transpose le mythe dans la société contemporaine, dans un roman homonyme paru en [[1983 en littérature|1983]].

Les références au tableau sont encore plus nombreuses en bande dessinée. [[Hergé]] reprend ainsi la composition du tableau dans la couverture de ''[[Coke en stock]]'' (1958), le dix-neuvième album des ''[[Les Aventures de Tintin|Aventures de Tintin]]'', dont le récit se passe en partie sur un radeau de fortune. Dans une scène où le [[capitaine Haddock]] tombe à l'eau et remonte à la surface avec une méduse sur la tête, [[Tintin]] lui demande : {{Citation|Vous voulez donc à tout prix que ce soit réellement ''Le Radeau de La Méduse'' ?}}<ref name=":0">{{Lien web |langue=fr |auteur=Jeanne Desto |coauteurs=Émilie Daniel et Christian Henry |url=http://www.arte.tv/fr/le-tableau-le-radeau-de-la-meduse-de-t-gericault/1683782,CmC=1683784.html |titre=Le Radeau de la Méduse de T. Géricault |jour=25 |mois=novembre |année=2007 |site=Karambolage |consulté le=20 février 2014 }}</ref>. De même, dans ''[[Astérix légionnaire]]'' (1967) de [[René Goscinny]] et [[Albert Uderzo]], le radeau sur lequel finissent les pirates après que les Gaulois ont coulé leur navire est une copie fidèle du ''Radeau de La Méduse'' ; l'allusion est en outre redoublée par une phrase prononcée par le chef des pirates ({{Citation|Je suis médusé}})<ref name=":0" />. Cette allusion est mise en image par le réalisateur [[Alain Chabat]] dans le film ''[[Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre]]'' (2002), lors du dernier naufrage des pirates<ref name=":0" />. Le dessinateur [[Fred (auteur)|Fred]], dans ''[[Le Naufragé du « A »]]'' (1972), fait lui aussi référence au tableau<ref>{{Lien web|url = http://mitchul.unblog.fr/2013/12/17/philemon-et-le-naufrage-du-a-fred-dargaud-1972/|titre = Philémon et le naufragé du « A » – Fred (Dargaud, 1972)|consulté le = 20 février 2014|date = 17 décembre 2013}}</ref>, tout comme les auteurs de la série ''[[De cape et de crocs]]'', dans le tome 8, ou [[André Chéret]] dans un album de ''[[Rahan]]''. De nombreuses [[caricature]]s politiques, notamment dans ''[[Le Canard enchaîné]]'' et ''[[Le Figaro]]'', reprennent la composition du tableau<ref name=":0" />.

''Le Radeau de La Méduse'' a également prêté son titre à un film d'[[Iradj Azimi]] sorti en [[1998 au cinéma|1998]]. Il s'agit d'un film historique retraçant l'épisode du naufrage de ''La Méduse'' et la conception du tableau de Géricault, où ce dernier est interprété par [[Laurent Terzieff]] et où le capitaine est joué par [[Jean Yanne]]. {{Article détaillé|Le Radeau de La Méduse (film)}}

Dans son album de [[1964 en musique|1964]] intitulé ''[[Les Copains d'abord (album de Georges Brassens)|Les Copains d'abord]]'', [[Georges Brassens]] fait référence au radeau dans la [[Les Copains d'abord|chanson éponyme]] : {{Citation|Non ce n'était pas le Radeau / De La Méduse ce bateau / Qu'on se le dise au fond des ports / Dise au fond des ports}}. En 1990, le groupe de folk rock irlandais [[The Pogues]] relate cet événement et la toile de Géricault dans la chanson {{Langue|en|texte = ''The Wake of the Medusa''}} sur l'album ''{{langue|en|[[Hell's Ditch]]}}''. Quelques années plus tôt, la pochette de leur album ''{{langue|en|[[Rum, Sodomy, and the Lash]]}}'' (1985) était déjà un pastiche du tableau<ref>
{{lien web|url=http://next.liberation.fr/musique/2017/05/19/the-pogues-succes-d-un-naufrage_1570791|titre= The Pogues, succès d’un naufrage |éditeur=liberation.fr|date=19 mai 2017|auteur=Benoît Carretier |consulté le=23 mai 2017}}</ref>, tout comme celle du deuxième album du groupe de [[doom metal]] allemand [[Ahab (groupe)|Ahab]], ''{{langue|en|The Divinity of Oceans}}'' (2009). Le photographe [[Gérard Rancinan]] revisite le tableau dans une photographie intitulée ''Le Radeau des illusions'' en 2008<ref>{{Lien web |langue=fr |url=http://www.rancinan.com/MODERNES/Trilogie_des_Modernes_-_RANCINAN/METAMORPHOSIS_I_THE_RAFT_OF_ILLUSIONS.html |titre=La Trilogie des Modernes, partie 1 : Métamorphoses |site=Site officiel de l'artiste |consulté le=20 juin 2014 }}</ref>, et le réalisateur [[Laurent Boutonnat]] s'en inspire dans le clip de la chanson ''[[Les Mots (chanson)|Les Mots]]'', interprétée par [[Mylène Farmer]] et [[Seal]].

Le tableau fait partie des {{citation|105 œuvres décisives de la [[peinture (art)|peinture]] [[occident]]ale}} constituant le ''[[Le Musée imaginaire de Michel Butor|Musée imaginaire]]'' de [[Michel Butor]], paru en [[2015]] et réédité en [[2019]]<ref>{{Ouvrage|langue=fr|auteur1=[[Michel Butor]]|titre=[[Le Musée imaginaire de Michel Butor]]|sous-titre=105 œuvres décisives de la peinture occidentale|lieu=Paris|éditeur=[[Groupe Flammarion|Flammarion]]|année=2019|pages totales=368|passage=226-227|isbn=978-2-08-145075-2}}.</ref>. Il apparaît en [[2018 en musique|2018]] dans le clip vidéo ''[[Apeshit]]'' de [[Beyoncé]] et [[Jay-Z]]<ref>{{lien web|url=http://www.leparisien.fr/culture-loisirs/ces-oeuvres-du-louvre-mises-en-scene-par-beyonce-et-jay-z-dans-leur-clip-17-06-2018-7777731.php|titre=Ces œuvres du Louvre mises en scène par Beyoncé et Jay Z dans leur clip|éditeur=leparisien.fr|date=17 juin 2018|auteur=Maguelone Bonnaud|consulté le=18 juin 2018}}</ref>.

Le groupe de death métal mélodique français ''[[Aephanemer]]'' lui consacre la chanson ''Le Radeau de la Méduse'' dans son album ''A Dream of Wilderness''.

Le tableau est au cœur d'une des enquêtes de la série de [[France 2]] [[l'Art du crime]] (saison 1, enquête 3, 2017).

== Bibliographie ==
Cette bibliographie ne concerne que le tableau de Géricault ; la bibliographie relative au naufrage de ''La Méduse'' peut être consultée à la fin de l'article ''[[Méduse (navire)#Bibliographie |La Méduse]]''.

=== En français ===
<!--Classement alphabétique par nom d'auteurs (par titres pour les anonymes ou collectifs).-->
* {{Ouvrage|langue=fr|auteur1=Denise Aimé-Azam|préface=[[Pierre Daix]]|titre=Géricault|sous-titre=l’énigme du peintre de La Méduse|lieu=Paris|éditeur=[[Éditions Perrin|Éd. Perrin]]|année=1983|pages totales=379|format livre=in-8°|isbn=2-262-00304-1}}. — Bibliogr. {{p.|371-379}}. Rééd. en 1991 (Paris, même éd.).
* {{Ouvrage|auteur1=Aurélie Allavoine|titre=L’Exercice de la répétition chez [[Barthélemy Menn]]|sous-titre=étude et traitement du Radeau de La Méduse|lieu=Paris|éditeur=[[Université Panthéon-Sorbonne|Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne]]|année=2010|pages totales=119-66|format livre=grd in-8°|isbn=}}. — Thèse.
* {{Ouvrage|langue=fr|auteur1=Norbert-Bertrand Barbe|titre=Les Thèmes du Radeau de La Méduse de Théodore Géricault étudiés à travers leur récurrence dans l’œuvre du peintre, et dans l’art et la littérature du {{s-|XIX}}|lieu=Mouzeuil-Saint-Martin|éditeur=Impr. Bès|collection=La Pensée de l’image|numéro dans collection=2|année=2001|pages totales=194|format livre=in-8°|isbn=2-9516372-5-X}}. — Bibliogr. {{p.|187-191}}.
* {{Ouvrage |langue=fr |auteur1=[[Germain Bazin]] |champ libre=documentation Élisabeth Raffy |titre=Théodore Géricault |sous-titre=étude critique, documents et catalogue raisonné |tome=VI |titre volume=Génie et folie : Le Radeau de La Méduse et les monomanes |lieu=Paris |éditeur=[[Wildenstein Institute]] |année=1994 |pages totales=196 |format livre=grd in-8° |isbn=2-85047-247-6}}. — Bibliogr., index.
* {{Ouvrage|langue=fr|auteur1=Jean-Louis Berthet|titre=Les Naufrages de Géricault|sous-titre=un bateau, La Méduse ; une vie, Géricault, 1791-1824|lieu=Saintes|éditeur=Le Croît vif|collection=Témoignages|année=2012|pages totales=287|format livre=in-8°|isbn=978-2-36199-370-2}}. — Bibliogr.
* {{Chapitre|auteur1=Benjamin Brou|titre chapitre=L’Objet insolite dans ''Le Radeau de La Méduse''|auteurs ouvrage=Claire Azéma et Éliane Chiron (éd. scientifiques)|titre ouvrage=L’Objet et son lieu|lieu=Paris|éditeur=[[Université Panthéon-Sorbonne|Publications de la Sorbonne]]|collection=Arts plastiques|numéro dans collection=5|année=2004|pages totales=230|format=in-8°|isbn=2-85944-487-4|passage=27-34}}. — Actes de colloque ({{date-|15 décembre 2001}}).
* {{Article|auteur1=Bruno Chenique|titre=Les Esquisses du ''Radeau de La Méduse''|périodique=La Méduse : feuille d'information de l'Association des Amis de Géricault|lieu=Levallois-Perret|année=1999|pages=2-3|issn=1279-1296}}. — Lettre d’[[Hippolyte Bellangé]] à [[Eugène Delacroix]] concernant une étude (non localisée) du ''Radeau de La Méduse''.
* {{Chapitre|auteur1=[[Ernest Chesneau]]|titre chapitre=''La Méduse''|titre ouvrage=La Peinture française au {{s-|XIX}}|sous-titre ouvrage=les chefs d’école…|lieu=Paris|éditeur=[[Éditions Perrin|Libr. académique Didier et {{Cie}}]]|année=1883|numéro d'édition={{3e}}|format=in-8°|lire en ligne=https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6572430g/f195.image|format électronique=PDF|consulté le=25 octobre 2016|passage=141-150}}.
* {{Ouvrage|auteur1=[[Gustave Crauk]]|titre=Soixante ans dans les ateliers des artistes|sous-titre=Dubosc, modèle|lieu=Paris|éditeur=[[Calmann-Lévy|Éd. Calmann-Lévy]]|année=1900|format livre=in-8°|passage=45-64|lire en ligne=https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6572462f/f69.image|format électronique=PDF|consulté le=19 novembre 2016|titre chapitre=De 1817 à 1824}}.
* {{Ouvrage|langue=fr|titre=De La Méduse à Géricault|sous-titre=bicentenaire, 1816-2016, du naufrage de la frégate La Méduse|lieu=Épinac|éditeur=Denis éditions|année=2016|pages totales=89|format livre=in-8°|isbn=979-10-94773-58-1}}. — Réunit la relation de [[Paulin d'Anglas de Praviel]] et un article de Charles Clément sur le tableau de Géricault, paru en 1867 dans la ''[[Gazette des beaux-arts]]'' {{lire en ligne|lien=https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2030867/f342.item}}.
* {{Article|auteur1= {{lien | langue = de | trad = Lorenz Eitner| fr = Lorenz Eitner| texte = Lorenz Eitner}} |titre=Dessins de Géricault d’après [[Pierre Paul Rubens|Rubens]] et la genèse du ''Radeau de La Méduse''|périodique=[[Revue de l'Art]]|lieu=Paris|éditeur=[[Ministère de l'Éducation nationale (France)|Ministère de l’Éducation nationale]]|volume=14|année=1971|pages=51-56}}. — Publié sous l’égide du Comité français d’histoire de l’art.
* {{Ouvrage|langue=fr|auteur1=Claude Escholier|titre=Quatre études|lieu=Nîmes|éditeur=C. Lacour|collection=Eruditae indagationes|année=1990|pages totales=80|format livre=in-8°|isbn=2-86971-182-4}}. — Réunit : ''Géricault et Le Radeau de La Méduse'' ; ''L’Art et la photographie'' ; ''[[Nadar]]'' ; ''Le [[Billet de 100 francs Delacroix|Billet de 100 francs]], [[Eugène Delacroix|Delacroix]] ou la Liberté''.
* {{Ouvrage |langue=fr |auteur1=[[Frank Giroud]] |responsabilité1=scénariste |auteur2=[[Gilles Mezzomo]] |responsabilité2=dessinateur |titre=Géricault |lieu=Grenoble |éditeur=[[Glénat|Éd. Glénat]] |collection=Les Grands peintres |année=2016 |pages totales=47 |format livre=in-4° |isbn=978-2-344-00599-6}}. — Bande dessinée ayant pour thème la composition du tableau de Géricault dans le contexte politique de l’époque.
* {{Article|auteur1=Pierre Granville|titre=Sublimation du fait divers dans la peinture de Géricault|périodique=[[La Revue des musées de France|La Revue du Louvre et des musées de France]]|volume=37|numéro=4|année=1987|pages=278-283|issn=0035-2608}}.
* {{Chapitre|auteur1=Klaus Herding|titre chapitre=L’Inversion de la souffrance|sous-titre chapitre=une lecture du ''Radeau de La Méduse'' par [[Peter Weiss]]|auteurs ouvrage=[[Régis Michel]] (dir. de publication)|titre ouvrage=Géricault|tome=2|lieu=Paris|éditeur=[[La Documentation française]]|collection=Conférences et colloques|année=1996|format=in-8°|isbn=2-11-003327-4|passage=871-887}}. — Précédemment publié dans la revue ''[[Ligue des bibliothèques européennes de recherche|Liber]]'', {{n°|10}}, 1992.
* {{Ouvrage|langue=fr|auteur1=Hélène Masson-Bouty|auteur2=Pascale Perrier|titre=Tempête dans l’atelier de Géricault|sous-titre=Le Radeau de La Méduse|lieu=Paris|éditeur=Oskar éd.|collection=Culture & société|série=Art|année=2010|pages totales=126|format livre=in-8°|isbn=978-2-35000-599-7}}. — Roman pour la jeunesse. Dossier documentaire, lexique.
* {{Article|auteur1=Pinette Matthieu|titre=Le [[Musée de Picardie]] retrouve sa copie du ''Radeau de La Méduse''|périodique= La Méduse : feuille d'information de l'Association des Amis de Géricault|lieu=Levallois-Perret|année=1997|issn=1279-1296}}. — Concerne une copie du ''Radeau de La Méduse'' commandée par l’État à [[Pierre-Désiré Guillemet]] et [[Étienne-Antoine-Eugène Ronjat]].
* {{Article|auteur1=Sylvère Mbondobari|titre=Le Retour du Nègre romantique ? Enjeux mémoriels et identitaires dans ''Le Nègre et La Méduse'' de [[Martine Le Coz]]|périodique=French studies in Southern Africa|numéro=39|année=2009|pages=142-168}}.
* {{Ouvrage |langue=fr |langue originale=en |auteur1=Jonathan Miles |traducteur=Marion Vaireaux |champ libre=éd. et révision Camille Fort-Cantoni |titre=Le Radeau de La Méduse |titre original=Medusa, the shipwreck, the scandal, the masterpiece |lieu=Bordeaux |éditeur=Éd. Zeraq |collection=Nautilus |numéro dans collection=5 |année=2015 |pages totales=318 |format livre=in-8° |isbn=979-10-93860-04-6}}. — Bibliogr. ({{p.|289-305}}), index.
* {{Ouvrage|langue=fr|auteur1=René Moniot Beaumont|titre=L’Horrible naufrage de La Méduse|sous-titre=Théodore Géricault, [[Eugène Sue]], [[Charles-Yves Cousin d'Avallon]]|lieu=La Rochelle|éditeur=Éd. La Découvrance|année=2015|pages totales=111|format livre=in-8°|isbn=978-2-84265-866-3}}. — Bibliogr.
* {{Ouvrage|langue=fr|auteur1=[[Musée d'art Roger-Quilliot]]|champ libre=dir. de la publication Bruno Chenique|titre=Géricault, au cœur de la création romantique|sous-titre=études pour Le Radeau de La Méduse|lieu=Paris et Clermont-Ferrand|éditeur=Éd. N. Chaudun et Musée d’art Roger-Quilliot|année=2012|pages totales=286|format livre=in-8°|isbn=978-2-35039-134-2}}. — Catalogue de l’exposition qui s’est tenue du {{date-|2 juin}} au {{date-|2 septembre 2012}} au Musée d’art Roger-Quilliot (Clermont-Ferrand). Contient 12 p. de bibliogr.
* {{Chapitre|auteur1=Sylvie Petit|titre chapitre=De la peinture d’actualité à la sociologie-fiction|sous-titre chapitre=Jules Verne et ''Le Radeau de La Méduse''|auteurs ouvrage=Florent Montaclair (dir. de publication)|titre ouvrage=La Littérature et les arts|tome=1|lieu=Besançon|éditeur=Centre [[Organisation des Nations unies|UNESCO]] pour l'éducation et l'interculturalité|collection=Littérature comparée|année=1997|format=in-8°|isbn=2-912295-00-9|passage=123-133}}.
* {{Article|auteur1=Michel Régis|titre=Géricault cannibale|sous-titre=une dation pour le [[Musée du Louvre|Louvre]]|périodique=[[La Revue des musées de France|La Revue du Louvre et des musées de France]]|volume=55|numéro=2|année=2005|pages=17-19|issn=0035-2608}}. — Concerne un dessin de Géricault qui a servi d’étude pour ''Le Radeau de La Méduse''.
* {{Ouvrage|langue=fr|auteur1=[[Gérard-Julien Salvy]]|titre=Cent énigmes de la peinture|lieu=Paris|éditeur=[[Éditions Hazan|Éd. Hazan]]|année=2009|pages totales=359|format livre=in-8°|passage=262-264|isbn=978-2-7541-0352-7|titre chapitre=Théodore Géricault, ''Le Radeau de La Méduse''}}.
* {{Article|auteur1= Josef Adolf Schmoll genannt Eisenwerth|titre=Géricault sculpteur|sous-titre=à propos de la découverte d’une statuette en plâtre d’un moribond|périodique=Bulletin de la Société de l’histoire de l’art français|année=1973|pages=319-331}}. — Statuette représentant un des personnages du ''Radeau de La Méduse'', dont un autre modèle a été réalisé en cire.
* {{Ouvrage|langue=fr|auteur1=[[Michel Schneider]]|titre=Un rêve de pierre|sous-titre=Le Radeau de La Méduse, Géricault|lieu=Paris|éditeur=[[Éditions Gallimard|Éd. Gallimard]]|année=1991|pages totales=179|format livre=in-8°|isbn=2-07-011178-4}}. — Bibliogr.
* {{Ouvrage|auteur1=Françoise Talon|champ libre=sous la dir. de Jacques Bony|titre=Le Culte du laid dans l’art, du Radeau de La Méduse à l’[[Un enterrement à Ornans|Enterrement à Ornans]]|sous-titre=l’attitude d’un critique, [[Théophile Gautier]]|lieu=Paris|éditeur=|année=1993|pages totales=102|format livre=grd in-8°|isbn=}}. — Mémoire de maîtrise (Lettres), [[Université Paris-Est-Créteil-Val-de-Marne|Paris 12]].
* {{Ouvrage|langue=fr|auteur1=[[Jérôme Thélot]]|titre=Géricault, Le Radeau de La Méduse|sous-titre=le sublime et son double|lieu=Paris|éditeur=Éd. Manucius|collection=Écrits sur l’art|année=2013|pages totales=76|format livre=in-12|isbn=978-2-84578-155-9}}.
* {{Article|titre=Théodore Géricault|sous-titre=lettres du comte de [[Auguste de Forbin|Forbin]] relatives à l’acquisition du naufrage de ''La Méduse'' de Géricault|périodique=Archives de l’art français : recueil de documents inédits relatifs à l’histoire des arts en France|lieu=Paris|éditeur=Éd. J.-B. Dumoulin|volume=1|année=1851-1852|pages=71-81|lire en ligne=https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5557882c/f88.item|format=PDF|consulté le=24 octobre 2016}}.

=== En anglais ===
{{colonnes|nombre=2|
* {{Ouvrage|langue=en|prénom1=Albert|nom1=Alhadeff|titre=The Raft of the Medusa|sous-titre=Géricault, Art, and Race|traduction titre=Le Radeau de La Méduse : Géricault, art et ethnicité|lieu=Munich|éditeur=Prestel|année=2002|pages totales=191|isbn=3-7913-2782-8|isbn2=978-3-79132-782-2}} ;
* {{Ouvrage|langue=en|prénom1=Julian|nom1=Barnes|lien auteur1=Julian Barnes|titre=A History of the World in 10½ Chapters|traduction titre=Une histoire du monde en 10 chapitres et demi|lieu=Londres|éditeur=[[Jonathan Cape]]|année=1989|pages totales=322|isbn=0-09-954012-6}} ;
* {{Ouvrage|langue=en|prénom1=Klaus|nom1=Berger|prénom2=Thaeodore|nom2=Gaericault|titre=Gericault|sous-titre=Drawings & Watercolors|traduction titre=Géricault : Dessins et aquarelles|lieu=New York|éditeur=H. Bittner and Company|année=1946}} ;
* {{Ouvrage|langue=en|prénom1=Albert|nom1=Boime|titre=Art in an Age of Counterrevolution 1815–1848|traduction titre=L'Art dans une période contre-révolutionnaire 1815-1848|lieu=Chicago|éditeur=[[University of Chicago Press]]|année=2004|pages totales=749|isbn=0-226-06337-2|lire en ligne=https://books.google.com/books?id=24Hgr0U8K3QC&printsec=frontcover}} ;
* {{Ouvrage | langue=en | auteur1={{lien | langue = de | trad = Lorenz Eitner| fr = Lorenz Eitner| texte = Lorenz Eitner}} | titre=Gericault's 'Raft of the Medusa' | traduction titre=Le ''Radeau de La Méduse'' de Géricault | lieu=New York | éditeur=[[Éditions Phaidon|Phaidon]] | année=1972 | isbn=0-8021-4392-X}} ;
* {{Ouvrage|langue=en| auteur1 = {{lien | langue = de | trad = Lorenz Eitner| fr = Lorenz Eitner| texte = Lorenz Eitner}} |titre=19th Century European Painting|sous-titre=David to Cézanne|traduction titre=La Peinture européenne du {{s|XIX}} : de David à Cézanne|éditeur=Westview Press|année=2002|isbn=0-8133-6570-8}} ;
* {{Ouvrage|langue=en|prénom1=Albert|nom1=Elsen|titre=The Gates of Hell by Auguste Rodin|traduction titre=La Porte de l'enfer d'Auguste Rodin|éditeur=[[Stanford University Press]]|année=1985|isbn=0-8047-1273-5}} ;
* {{Ouvrage|langue=en|prénom1=Michael|nom1=Fried|titre=Manet's Modernism|sous-titre=Or, the Face of Painting in the 1860s|traduction titre=La modernité de Manet ou la figure de la peinture dans les années 1860|lieu=Chicago|éditeur=[[University of Chicago Press]]|année=1998|pages totales=647|isbn=0-226-26217-0|lire en ligne=https://books.google.com/books?id=oXGqnwY-dfUC&printsec=frontcover}} ;
* {{Ouvrage|langue=en|prénom1=Darcy Grimaldo|nom1=Grigsby|titre=Extremities : Painting Empire in Post-Revolutionary France|sous-titre=a study of the works of Girodet, Gros, Gericault, and Delacroix|traduction titre=Extrémités : Peindre l'Empire dans une France post-révolutionnaire|lieu=New Haven (Conn.)|éditeur=[[Yale University Press]]|année=2002|pages totales=393|isbn=0-300-08887-6|lire en ligne=https://books.google.com/books?id=EAIeRI02hbIC&printsec=frontcover}} ;
* {{Ouvrage|langue=en|prénom1=Rose-Marie|nom1=Hagen|prénom2=Rainer|nom2=Hagen|titre=What Great Paintings Say|traduction titre=Ce que les grandes peintures racontent|volume=1|éditeur=[[Taschen]]|année=2007|numéro d'édition=25|pages totales=720|isbn=978-3-8228-4790-9|isbn2=3-8228-4790-9}} ;
* {{Ouvrage|langue=en|prénom1=Alexander|nom1=McKee|titre=Wreck of the Medusa, The Tragic Story of the Death Raft|traduction titre=Naufrage de La Méduse, l'histoire tragique du radeau de la mort|lieu=Londres|éditeur=Souvenir Press|année=1975|pages totales=324|isbn=0-451-20044-6}} ;
* {{Ouvrage|langue=en|prénom1=Jonathan|nom1=Miles|titre=The Wreck of the Medusa : The Most Famous Sea Disaster of the Nineteenth Century|traduction titre=Le naufrage de La Méduse : la catastrophe maritime la plus célèbre du dix-neuvième siècle|éditeur=[[Grove Press|Grove/Atlantic, Inc.]]|année=2008|pages totales=309|isbn=978-0-8021-4392-1}} ;
* {{Ouvrage|langue=en|prénom1=Richard|nom1=Muther|titre=The History of Modern Painting|traduction titre=Histoire de la peinture moderne|volume=1|lieu=Londres|éditeur=J.M. Dent|année=1907}} ;
* {{Ouvrage|langue=en|prénom1=Gilles|nom1=Néret|titre=Eugène Delacroix|sous-titre=The Prince of Romanticism|traduction titre=Eugène Delacroix : le prince du romantisme|éditeur=[[Taschen]]|année=2000|isbn=3-8228-5988-5}} ;
* {{Ouvrage|langue=en|prénom1=Lynn H.|nom1=Nicholas|lien auteur1=Lynn H. Nicholas|titre=[[Le pillage de l'Europe |The Rape of Europa]]|sous-titre=the Fate of Europe's Treasures in the Third Reich and the Second World War|traduction titre=Le Viol de l'Europe : le destin des trésors de l'Europe pendant le Troisième Reich et la Seconde Guerre mondiale|lieu=New York|éditeur=[[Alfred A. Knopf]]|année=1994|pages totales=498|isbn=0-679-40069-9|isbn2=978-0-679-40069-1}} ;
* {{Ouvrage|langue=en|prénom1=Patrick|nom1=Noon|prénom2=Stephen|nom2=Bann|titre=Crossing the Channel : British and French Painting in the Age of Romanticism|traduction titre=La traversée de la Manche : les peintures britannique et française à l'âge du romantisme|lieu=Londres|éditeur=Tate Publishing|année=2003|isbn=1-85437-513-X}} ;
* {{Ouvrage|langue=en|prénom1=Fritz|nom1=Novotny|titre=Painting and Sculpture in Europe, 1780 to 1880|traduction titre=Peinture et sculpture en Europe, de 1780 à 1880|lieu=Baltimore|éditeur=[[Penguin Books]]|année=1960}} ;
* {{article|langue=en |nom1=Riding |prénom1=Christine |titre=The Fatal Raft: Christine Riding Looks at British Reaction to the French Tragedy at Sea Immortalised in Gericault's Masterpiece 'the Raft of the Medusa' |traduction titre=Le Radeau fatal : le regard de Christine Riding sur la réaction britannique à la tragédie maritime française immortalisée dans le chef-d'œuvre de Géricault, ''Le Radeau de La Méduse'' |périodique=History Today|lien périodique=History Today |mois=février |année=2003a}} ;
* {{chapitre|langue=en |nom1=Riding |prénom1=Christine |titre=The Raft of the Medusa in Britain |traduction titre=Le Radeau de La Méduse en Grande-Bretagne|auteurs ouvrage=Patrick Noon et Stephen Bann |titre ouvrage=Crossing the Channel: British and French Painting in the Age of Romanticism |lieu=Londres |éditeur={{langue|en|Tate Publishing}} |mois=juin |année=2003 |isbn=1-85437-513-X}} ;
* {{Ouvrage|langue=en|prénom1=Edward|nom1=Rowe Snow|titre=Tales of Terror and Tragedy|traduction titre=Contes d'horreur et tragédie|lieu=New York|éditeur=Dodd Mead|année=1979|pages totales=250|isbn=0-396-07775-7}} ;
* {{article|nom1=Trapp |prénom1=Frank Anderson | lien auteur1 = Frank Anderson Trapp |langue=en|titre=Gericault's 'Raft of the Medusa', by Lorenz Eitner |traduction titre =''Le Radeau de La Méduse'' de Géricault, par | auteur1 = {{lien | langue = de | trad = Lorenz Eitner| fr = Lorenz Eitner| texte = Lorenz Eitner}} |périodique=The Art Bulletin |volume=58 |numéro=1 |mois=mars |année=1976 |pages=134–137}} ;
* {{Ouvrage|langue=en|prénom1=Hubert|nom1=Wellington|titre={{langue|fr|Introduction à l'édition anglaise du Journal d'Eugène Delacroix, parue sous le titre}} ''The Journal of Eugène Delacroix''|éditeur=Phaidon ([[Cornell University Press|{{langue|en|Cornell University Press}}]])|année=1980|isbn=0-8014-9196-7}} ;
* {{Ouvrage|langue=en|prénom1=Justin|nom1=Wintle|titre=Makers of Nineteenth Century Culture|sous-titre=1800-1914|traduction titre=Ceux qui ont fait la culture du dix-neuvième siècle|lieu=Londres|éditeur=[[Routledge]]|année=2001|pages totales=709|isbn=0-415-26584-3}}.
}}

== Filmographie, vidéographie, documents sonores ==
<!--Classement alphabétique par titres.-->
* {{DVDBibliographie|lien réalisateur=Alain Jaubert|prénom réalisateur=Alain|nom réalisateur=Jaubert|titre=La Beauté du désastre|sous-titre=Le Radeau de La Méduse (1819)|distributeur=[[Éditions Montparnasse|Éd. Montparnasse]]|collection=Palettes|année=2003|format=VHS|durée=30 min|ean=3346030011089}}. — Musique de Frédéric Fleischer et de Benoît Fleurey. Commentaire de [[Marcel Cuvelier]]. Rééd. sous forme de DVD en 2004 dans : ''Autour de 1800'' (même éd., même coll.), et en 2008 dans : ''Une révolution à l’antique'' (Paris, [[Centre national du cinéma et de l'image animée|Centre national de la cinématographie]], coll. « Images de la culture / Arts plastiques & beaux-arts »).
* {{DVDBibliographie|lien réalisateur=Raoul Sangla|prénom réalisateur=Raoul|nom réalisateur=Sangla|prénom scénariste=Mathieu|nom scénariste=Marcenac|titre=Géricault|sous-titre=du fait divers à l’histoire|distributeur=[[Canopé (réseau)|Centre national de documentation pédagogique]]|collection=Écoutez voir|année=1983|format=fichier vidéo numérique|durée=10 min}}.
* {{DVDBibliographie|prénom réalisateur=Adrien|nom réalisateur=Touboul|prénom scénariste=Georges-Antoine|nom scénariste=Borias|titre=Géricault|sous-titre=Le Radeau de La Méduse|distributeur=[[Institut français de l'éducation|Institut pédagogique national]]|collection=Anthony Roland|numéro collection=365|année=[s. d.]|format=VHS|durée=20 min}} — Plusieurs rééditions avec variantes du titre.
* {{DVDBibliographie|lien réalisateur=|prénom réalisateur=Axel|nom réalisateur=de Gaigneron|lien scénariste=|prénom scénariste=|nom scénariste=|adaptation=|lien auteur=|prénom auteur=|nom auteur=|titre=[[La Mort de Marat|Marat assassiné]] ; Le Radeau de La Méduse|distributeur=Radio France|lien distributeur=Radio France|collection=Trésors de l’art|année=1985|format=cassette audio|}}. — Commentaires de François Le Targat et Jean-Claude Balard. Diffusé sur [[France Culture]] en 1984.
* {{DVDBibliographie|prénom réalisateur=Marie-France et Marie-Ève|nom réalisateur=Molle|titre=Le Naufrage, variations sur Le Radeau de La Méduse ou la société à la dérive|distributeur=[[Centre national du cinéma et de l'image animée|Centre national de la cinématographie]]|collection=Images de la culture|série=Arts plastiques & beaux-arts|année=2008|format=DVD|durée=24 min}} — Musique de Richard Weiss. Rééd. en 2014 (même éd., même coll.), sous le titre : ''Et vogue la Malassise''.
* {{DVDBibliographie|prénom réalisateur=Iradj|nom réalisateur=Azimi|lien réalisateur=Iradj Azimi|titre=[[Le Radeau de La Méduse (film)|Le Radeau de La Méduse]]|année=1998|durée=2 h 10 min}} — Avec, entre autres, [[Laurent Terzieff]] dans le rôle de Théodore Géricault.
* {{DVDBibliographie|prénom réalisateur=Sylviane|nom réalisateur=Bellorini|prénom scénariste=Virginie|nom scénariste=Gimaray|titre=Le Radeau de La Méduse, Théodore Géricault|distributeur=Cliosoft|année=2003|format=CD-ROM|ean=3760087630022}}. — Sous la dir. d’Alexis Seydoux. Commentaires de José Fumanal et Tomoko Yokomitsu.
* {{DVDBibliographie|lien réalisateur=Alain Ferrari|prénom réalisateur=Alain|nom réalisateur=Ferrari|prénom scénariste=Sylvain|nom scénariste=Laveissière|titre=Théodore Géricault|sous-titre=Le Radeau de La Méduse|distributeur=Centre national du cinéma et de l'image animée|lien distributeur=Centre national du cinéma et de l'image animée|collection=Images de la culture|numéro collection=|série=Arts plastiques & beaux-arts|année=2014|format=fichier vidéo numérique|durée=13 min}}.
* ''Une œuvre au noir'' de la série télévisée [[L'Art du crime|''L'Art du Crime'']] (épisodes 5 et 6, saison 1) voit mourir une historienne de l'art au Louvre devant le tableau de Géricault.

== Notes et références ==
{{Traduction/Référence|en|The Raft of the Medusa|3=591481673}}
=== Notes ===
{{Références|group=N}}

=== Références ===
{{références}}

== Annexes ==
{{Autres projets |commons= Category:Louvre INV 4884 |wiktionary= radeau de la Méduse |wiktionary titre= radeau de la Méduse}}
=== Articles connexes ===
* [[Romantisme français]]
* [[Banc d'Arguin (Mauritanie)]]
* ''[[La Méduse]]''

=== Liens externes ===
* {{Autorité}}
* {{Dictionnaires}}
* {{Bases}}
* [http://senegal-online.com/histoire/le-naufrage-de-la-meduse/ Histoire du Sénégal : le naufrage de ''La Méduse'' et le tableau de Géricault]
* [http://www.communication-sensible.com/articles/article0196.php Analyse par l'Observatoire international des crises]

{{Palette|Œuvres de Théodore Géricault}}
{{Portail|peinture|maritime|France au XIXe siècle|musée du Louvre|années 1810}}
{{Portail|peinture|maritime|France au XIXe siècle|musée du Louvre|années 1810}}
{{Article de qualité|oldid=105178515|date=7 juillet 2014}}
{{Article de qualité|oldid=105178515|date=7 juillet 2014}}

Dernière version du 13 mai 2024 à 15:32

Le Radeau de La Méduse
Le Radeau de La Méduse
Artiste
Théodore Géricault (1791 - 1824)
Date
1818 - 1819
Type
Technique
peinture à l'huile, toile sur bois
Dimensions (H × L)
491 × 716 cm
Mouvement
Propriétaire
No d’inventaire
INV 4884[1]
Localisation

Le Radeau de La Méduse est une peinture à l'huile sur toile, réalisée entre 1818 et 1819 par le peintre et lithographe romantique français Théodore Géricault (1791-1824). Son titre initial, donné par Géricault lors de sa première présentation, est Scène d'un naufrage. Ce tableau, de très grande dimension (491 cm de hauteur et 716 cm de largeur), représente un épisode tragique de l'histoire de la marine coloniale française : le naufrage de la frégate Méduse. Celle-ci est chargée d'acheminer le matériel administratif, les fonctionnaires et les militaires affectés à ce qui deviendra la colonie du Sénégal. Elle s'est échouée le sur un banc de sable, un obstacle bien connu des navigateurs situé à une soixantaine de kilomètres des côtes de l'actuelle Mauritanie[2]. Au moins 147 personnes se maintiennent à la surface de l'eau sur un radeau de fortune et seules quinze d’entre elles embarquent le à bord de l'Argus, un bateau venu les secourir. Cinq meurent peu après leur arrivée à Saint-Louis du Sénégal, après avoir enduré la faim, la déshydratation, la folie et même l'anthropophagie. L'événement devient un scandale d'ampleur internationale, en partie parce qu'un capitaine français servant la monarchie restaurée depuis peu est jugé responsable du désastre, en raison de son incompétence.

Le Radeau de La Méduse présente une certaine continuité avec les courants picturaux antérieurs au romantisme, notamment dans le choix du sujet et le caractère dramatique de la représentation, mais rompt de manière nette avec l'ordre et la quiétude de la peinture néo-classique. En choisissant de représenter cet épisode tragique pour sa première œuvre d'importance, Géricault a conscience que le caractère récent du naufrage suscitera l'intérêt du public et lui permettra de lancer sa jeune carrière. Cependant, l'artiste s'est également pris de fascination pour cet événement et réalise ainsi d'abondantes recherches préparatoires et plusieurs esquisses avant d'entamer la création du tableau. Il rencontre en effet deux des survivants de la catastrophe, construit un modèle réduit très détaillé de la structure du radeau et se rend même dans des morgues et des hôpitaux afin de voir de ses propres yeux la couleur et la texture de la peau des mourants.

Ainsi que Géricault le pressent, le tableau provoque la controverse lors de sa première présentation à Paris, au salon de 1819 : certains s'en font les ardents défenseurs, tandis que d'autres le fustigent immédiatement. Peu après, l’œuvre est exposée à Londres, ce qui achève d'établir la réputation du jeune peintre en Europe. Aujourd'hui, elle compte parmi les œuvres les plus admirées du romantisme français et son influence est perceptible dans les créations de peintres tels que Joseph William Turner, Eugène Delacroix, Gustave Courbet ou encore Édouard Manet. Le tableau, qui souffre d'un assombrissement irréversible dû à un apprêt au bitume de Judée ou à une huile rendue trop siccative par un ajout abondant d'oxyde de plomb et de cire, est conservé au musée du Louvre, qui l'achète à un ami de l'artiste peu après sa mort en 1824.

Le sujet du tableau : le naufrage de la Méduse[modifier | modifier le code]

Plan du Radeau de La Méduse au moment de son abandon
Plan du Radeau de La Méduse au moment de son abandon[3]
Radeau de la Méduse reconstitué à l'échelle 1 visible dans la cour du musée de la Marine à Rochefort.

En 1815, la Seconde Restauration de la Maison de Bourbon sur le trône de France sous l'égide de Louis XVIII, permet à la France de réaffirmer sa domination sur la colonie du Sénégal reprise à l'Empire colonial Britannique. Ce changement géopolitique majeur est officialisé par le traité de Paris. Le , la frégate La Méduse appareille de l'île d'Aix, avec pour objectif de rétablir la domination coloniale française en Afrique de l'Ouest à partir du port sénégalais de Saint-Louis. Elle mène une flottille formée de trois autres appareils : le navire de combat Loire, le brick Argus et la corvette Écho. À son bord se trouvent environ 400 passagers, dont le colonel Julien Schmaltz, nouveau gouverneur du Sénégal, ainsi que des scientifiques, des soldats napoléoniens, des troupes coloniales – dont des asiatiques – et des colons[4],[5].

Le commandant Hugues Duroy de Chaumareys, un vicomte limousin revenu d'exil, est nommé capitaine de la Méduse en dépit du fait qu'il n'a plus navigué depuis plus de vingt ans[6],[7]. En voulant prendre de l'avance et en dépassant les trois autres bateaux, la frégate dévie de sa trajectoire de 160 kilomètres et quitte donc la route prévue. Le , La Méduse s'échoue sur le banc d'Arguin, à 80 km de la côte mauritanienne. L'équipage construit un radeau avec des espars (assemblés par des cordages et sur lesquels sont clouées des planches qui forment un caillebotis glissant et instable) pour délester la frégate de ses lourdes marchandises, à l'exception des 44 canons, et la déséchouer[8].

Les opérations de remise à flot s'avèrent vaines : des avaries surviennent le et la mer devient mauvaise, rendant l'évacuation nécessaire. Dix-sept marins restent à bord de la frégate afin de tenter de la ramener à bon port. 233 passagers, dont Chaumareys, Schmaltz et sa famille, embarquent sur six canots et chaloupes afin de gagner la terre ferme, à 95 km de là. 149 marins et soldats, dont une femme, s'entassent sur le radeau de fortune non prévu pour transporter des hommes. Incapable de manœuvrer, le radeau est amarré à quatre canots et une des chaloupes. Long de vingt mètres et large de sept, il menace d'être submergé lorsqu'il est pleinement chargé. Le remorquage est difficile et l'ensemble chaloupes-canots-radeau dérive vers le large, si bien que les officiers responsables des canots décident de larguer les amarres[9]. Le commandant de Chaumareys décide d'abandonner à leur sort les passagers du radeau, avec leurs maigres vivres. Les infortunés, sous les ordres de l'aspirant de première classe Jean-Daniel Coudein, ne disposent plus que d'un paquet de biscuits (tombées à l'eau, les 25 livres de biscuit ne forment plus qu'une pâte), consommé le premier jour, de deux barriques d'eau douce et de six barriques de vin[10].

La situation se dégrade alors rapidement : les naufragés, pétris de peur, se disputent et font tomber leurs barriques d'eau douce dans l'océan, se reportant sur les barriques de vin pour étancher leur soif. Au septième jour, il ne reste que 27 survivants dont la moitié agonise. La faim, la colère, le délire éthylique poussent quelques désespérés à se jeter à l'eau ou à se livrer à des actes d'anthropophagie (cannibalisme de survie) alors que physiologiquement les hommes peuvent survivre sans manger plusieurs semaines[11]. Les officiers décident de jeter les blessés à la mer afin de conserver les rations de vin pour les hommes valides. Au bout de treize jours, le , le radeau est repéré par le brick L'Argus, alors qu'aucun effort particulier n'était entrepris pour le retrouver[12]. Il n'a à son bord que quinze rescapés, qui sont suspectés de s'être entretués ou d'avoir jeté les autres par-dessus bord, voire d'avoir commis des actes de cannibalisme. La plupart des naufragés seraient morts de faim ou se seraient jetés à l'eau de désespoir. Quatre ou cinq hommes meurent dans les jours qui suivent à bord de l'Argus. Selon le critique d'art Jonathan Miles, la mésaventure vécue par ces hommes sur le radeau de la Méduse les a conduits « aux frontières de l'existence humaine. Devenus fous, reclus et affamés, ils massacrèrent ceux qui comptaient se rebeller, mangèrent leurs compagnons décédés et tuèrent les plus faibles[3],[13]. » Au total, le naufrage cause la mort de plus de 150 personnes.

Les autres bateaux se séparent, et certains parviennent jusqu'à l'île de Saint-Louis, tandis que d'autres accostent le long de la côte et perdent des membres de l'équipage en raison de la chaleur et du manque de nourriture. Lorsque la marine britannique retrouve la Méduse, quarante-deux jours plus tard, seuls trois des dix-sept marins restés à bord sont encore en vie. Cet incident est source d'embarras pour la monarchie nouvellement restaurée[14] : l'incompétence manifeste du commandant de Chaumareys ne révèle que trop bien le fait que sa nomination est due à ses relations avec le pouvoir[3],[15],[16].

La réalisation du tableau[modifier | modifier le code]

Travaux préparatoires[modifier | modifier le code]

Etude d'après le modèle Joseph, 1839 - Théodore Chassériau.
Le modèle Joseph a posé pour Géricault pour Le Radeau de La Méduse.

Géricault, revenant à Paris après un long voyage d'étude en Italie, découvre par hasard la première édition du récit du naufrage qui date du , il s'agit de la publication de deux survivants du drame, l'aide-chirurgien Henri Savigny et l'ingénieur-géographe Alexandre Corréard[17]. Les horreurs du naufrage sont aussi connues du public grâce à l'indiscrétion du ministre de la police Élie Decazes qui relâche volontairement la censure en laissant le rapport de Savigny (destiné normalement uniquement aux autorités maritimes) parvenir à la presse, ce qui lui permet de torpiller le ministre ultra de la Marine François-Joseph de Gratet[18].

Stupéfié par l'ampleur médiatique que prend le naufrage, Géricault pense que la réalisation d'une représentation picturale de l’événement pourrait contribuer à établir sa réputation[19],[20]. Après avoir pris la décision de réaliser le tableau, il entreprend des recherches approfondies avant de commencer la peinture. Au début de l'année 1818, il rencontre Savigny et Alexandre Corréard ; le récit de leur ressenti lors de l'expérience du naufrage influence grandement la tonalité du tableau final[21]. Selon les propos de l'historien de l'art Georges-Antoine Borias, « Géricault avait placé son atelier[N 1] près de l'hôpital Beaujon. Débuta alors une sombre descente. Une fois les portes refermées, il se plongeait dans son œuvre. Rien ne le repoussait »[22].

Lors de voyages effectués dans sa jeunesse, Géricault est déjà confronté à la vue de déments ou de pestiférés. Durant ses recherches préparatoires pour Le Radeau de La Méduse, son ambition de vérité historique et de réalisme vire à l'obsession d'observer le phénomène de rigidité cadavérique[15]. Afin de réaliser la représentation la plus authentique possible des différents aspects de la chair des cadavres[20], il réalise plusieurs esquisses de dépouilles à la morgue de l'hôpital Beaujon[19], étudie le visage de patients sur le point de mourir[23], et emporte même dans son atelier quelques membres humains pour observer leur décomposition[N 2]. Géricault dessine également une tête coupée empruntée à un asile et qu'il conserve dans le grenier de son atelier[23].

Avec trois survivants, dont Savigny et Corréard, ainsi qu'avec le charpentier Lavillette, il construit un modèle réduit extrêmement détaillé du radeau, lequel est reproduit avec la plus grande fidélité sur la toile finale – même les espaces entre les planches sont représentés[23]. Géricault fait également poser des modèles[24], réalise un dossier comportant de la documentation sur l’événement, copie des tableaux d'autres artistes s'approchant du même thème, et se rend au Havre pour y observer la mer et le ciel[23]. Bien que fiévreux, il se rend très fréquemment sur la côte afin de voir des tempêtes balayer le littoral. En outre, son voyage en Angleterre, durant lequel il rencontre d'autres artistes, est l'occasion pour lui d'étudier divers éléments du paysage marin lors de la traversée de la Manche[25],[26].

Il dessine et peint plusieurs esquisses alors qu'il choisit quel moment il souhaite représenter dans le tableau final[27]. La conception de l’œuvre est lente et difficile, car Géricault hésite même à choisir un moment emblématique du naufrage, qui rendrait au mieux l'intensité dramatique de l'événement. Parmi les scènes qu'il pense choisir se trouvent notamment la mutinerie contre les officiers, survenue le deuxième jour passé sur le radeau ; les actes de cannibalisme, qui ne surviennent qu'après quelques jours ; et le sauvetage[28]. Géricault opte finalement pour l'instant, raconté par l'un des survivants, où les naufragés voient L'Argus approcher à l'horizon et tentent une première fois en vain de lui adresser un appel au secours. Le bateau est représenté par une petite forme de couleur grise au centre-droit du tableau. Comme l'exprime un des survivants, « nous passâmes de l'euphorie à une grande déception, à de profonds tourments »[28].

Dans la mesure où le public est alors bien informé des causes du désastre, le choix de la scène relève d'une volonté de figurer les conséquences de l'abandon de l'équipage sur le radeau, en se focalisant sur l'instant où tout espoir semblait perdu[28]l'Argus paraît à nouveau deux heures après et secourt les survivants[29]. Un critique remarque cependant que le tableau comporte plus de personnages qu'il ne devait y en avoir à bord du radeau au moment du sauvetage[23]. De plus, l'auteur note que le sauvetage se déroule un matin ensoleillé, avec une mer calme : Géricault choisit cependant de peindre le radeau en pleine tempête, avec un ciel noir et une mer démontée, sans doute pour renforcer le caractère dramatique de la scène[23].

Image Titre Date Technique Dimensions Lieu de Conservation Référence
Etude d'un modèle ou
Étude de portrait pour Joseph
1818-1819 huile sur toile 47 × 39 cm Los Angeles, Getty Center Musée
Étude de dos 1818-1819 huile sur toile 56 × 46 cm Musée Ingres-Bourdelle, Montauban Base Joconde
Portrait d'un naufragé ou Le Père
étude pour Le Radeau de La Méduse[30]
1818-1819) huile sur toile 46,5 × 37,3 cm Musée de Besançon Base Joconde
Études de mains et pieds 1818-1819) Montpellier, musée Fabre
Étude de bras et de main 1818-1819 huile sur bois
collé sur toile
18 × 33 cm Musée du Louvre, Paris Base Joconde
Tête d'homme guillotiné 1818-1819 huile sur panneau 41 × 38 cm Art Institute of Chicago Musée
Les têtes coupées 1810 années huile sur toile 50 × 61 cm Stockholm, Nationalmuseum Musée
Morceaux anatomiques (titre moderne)
Etude de bras et jambes (titre ancien)
1818-1819 huile sur toile 37 × 46 cm Musée des Beaux-Arts de Rouen Base Joconde
Tête de jeune homme mort 1819 huile sur toile 32 × 34,5 cm Musée des Beaux-Arts de Rouen Base Joconde
Homme en buste, dit
Le Charpentier de la Méduse
1818 vers huile sur toile 46,5 × 39 cm Musée des Beaux-Arts de Rouen Base Joconde
Etude de tête d'homme, d'après le modèle Gerfant
Pour Le Radeau de la Méduse ?
1818-1819 huile sur toile 56 × 46 cm musée d'art Roger-Quilliot, Clermont-Ferrand Base Joconde
Voilier sur une mer déchaînée 1818-1819 aquarelle opaque
sur craie noire
15 × 25 cm Getty Museum, Los Angeles Musée
Scène du Déluge 1818-1820 huile sur toile 97 × 130 cm Musée du Louvre Base Joconde
Scène de l'épidémie de fièvre jaune à Cadix 1819 vers huile sur toile 38 × 46 cm Musée des Beaux-Arts de Virginie, Richmond Musée
Cannibalisme sur le radeau de La Méduse
Étude préparatoire
1818 crayon, lavis, et
gouache sur papier,
28 × 38 cm
musée du Louvre, Arts Graphiques
Notice du Louvre
Le Radeau de La Méduse
(première esquisse)
1818 huile sur toile 37,5 × 46 cm musée du Louvre, Paris Base Joconde
Le Radeau de La Méduse
(deuxième esquisse)
1818 huile sur toile 65 × 83 cm musée du Louvre, Paris Base Joconde
Le Radeau de La Méduse 1818-1819 huile sur toile 491 × 716 cm Musée du Louvre Base Joconde

L'exécution du tableau[modifier | modifier le code]

Après s'être réconcilié avec sa tante, Géricault se rase le crâne et s'astreint à une discipline de vie monastique dans son atelier au Faubourg-du-Roule, de à [23]. Il ne sort que très rarement, et uniquement le soir, à tel point que sa concierge lui apporte ses repas[23]. Il vit dans une petite chambre attenante à l'atelier avec son assistant âgé de dix-huit ans, Louis-Alexis Jamar ; ceux-ci se disputent parfois, et, un soir, Jamar s'enfuit et ne revient que deux jours plus tard, après que Géricault réussit à le persuader. L'artiste, dont l'atelier est très bien rangé, travaille méthodiquement et dans le silence le plus complet : il trouve que le simple bruit d'une souris brise sa concentration[23].

Géricault a l'habitude de faire poser ses amis, et notamment Eugène Delacroix (1798-1863), qui servit de modèle au personnage situé au premier plan, le jeune homme du centre gisant sur le ventre[31],[32]. Deux des survivants servent de modèles pour les personnages figurés par des ombres au pied du mât[27] ; trois visages sont peints d'après ceux d'Alexandre Corréard, Savigny et Lavillette. Jamar, quant à lui, pose nu pour le jeune homme mort au premier plan, sur le point de tomber à l'eau, et sert également de modèle à deux autres personnages[23].

L'artiste peint avec de petits pinceaux et des huiles visqueuses, ce qui lui laisse peu de temps pour modifier son travail ; la peinture est sèche le lendemain matin. Il conserve chaque couleur séparément, à l'écart des autres : sa palette comporte du vermillon, du blanc, du jaune de Naples, quatre ocres différents (deux jaunes et deux rouges), deux terres de Sienne (une pure et une brûlée), un rose foncé, du carmin, du bleu de Prusse, du gris-noir obtenu avec des noyaux de pêche brûlés, du noir d'ivoire et du bitume de Judée pour apprêter la toile[23]. Ce dernier donne un aspect velouté et lustré à la peinture une fois appliquée, mais au bout d'une longue période se forme une pellicule noire indélébile, même par une restauration, et la toile se resserre, ce qui provoque le craquèlement de la surface du tableau. Par conséquent, certains détails deviennent aujourd'hui très difficiles à distinguer[33].

Les seize couleurs de la palette de Géricault utilisées dans le tableau.
Les seize couleurs de la palette de Géricault utilisées dans le tableau : vermillon, blanc, jaune de Naples, ocre jaune, ocre d'or, ocre rouge, ocre rouge foncée, terre de Sienne naturelle, rouge de Mars, terre de Sienne brûlée, laque carminée, bleu de Prusse, noir de pêche, noir d'ivoire, terre de Cassel, bitume de Judée[23].

Géricault réalise une esquisse de la composition finale sur la toile. Il fait alors poser chaque modèle séparément, et peint les personnages à la suite les uns des autres, à l'inverse de la méthode traditionnelle suivant laquelle le peintre travaille d'emblée sur la composition entière. Son attention particulière portée à des éléments ainsi individualisés donne à l’œuvre « une matérialité troublante »[34] et témoigne d'une recherche de théâtralité – ce que certains critiques de l'époque considèrent comme un défaut. L'artiste, détourné de son œuvre par d'autres projets de moindre importance, réalise le tableau final en huit mois[25] ; l'ensemble du projet lui prend en tout plus d'un an et demi[23]. Montfort, un de ses amis, déclare plus de trente ans après l'achèvement de l’œuvre :

« [La méthode de Géricault] me fascinait tout autant que sa prolificité. Il peignait directement sur la toile blanche, sans esquisse grossière ou une quelconque préparation, hormis les contours nettement tracés, et pourtant son œuvre était parfaitement structurée. J'étais frappé par l'attention extrême qu'il manifestait en observant le modèle, avant de poser le pinceau sur la toile. Il semblait s'exécuter lentement, alors qu'en réalité il peignait très rapidement, disposant chaque touche de peinture à sa place et n'ayant que rarement besoin d'effectuer des rectifications. On voyait un mouvement à peine perceptible de son corps ou de ses bras. Son expression était tout à fait paisible[23],[35]... »

Description de l’œuvre[modifier | modifier le code]

Le Radeau de La Méduse dépeint le moment où, après treize jours passés à dériver sur le radeau, les quinze survivants voient un bateau approcher au loin, alors même que l'état de l’embarcation de fortune est proche de la ruine[21]. La monumentalité du format (491 × 716 cm) fait que les personnages en arrière-plan sont à échelle humaine, et que ceux au premier plan sont même deux fois plus grands qu'un homme : proches du plan de l’œuvre, entassés, les personnages créent un effet d'immersion du spectateur dans l'action du tableau[33].

Détail du tableau, montrant deux personnages mourants.
Détail du coin en bas à gauche de la toile, montrant deux personnages mourants.

Le radeau de fortune semble sur le point de sombrer, voguant dans une mer déchaînée, tandis que les naufragés sont représentés totalement anéantis et désemparés. Un vieil homme tient la dépouille de son fils sur ses jambes ; un autre pleure de rage, abattu ; un cadavre sans jambes à gauche évoque les pratiques anthropophages qui ont eu lieu sur le radeau réel tandis que des taches éparses de rouge sang rappellent les affrontements. Plusieurs corps jonchent le radeau, au premier plan, sur le point de tomber à l'eau en raison des vagues. Les hommes au milieu de l'embarcation viennent d'apercevoir un bateau au loin ; l'un d'entre eux le montre du doigt, tandis qu'un membre africain de l'équipage, Jean-Charles[36], se tient debout sur une barrique vide et agite sa chemise en l'air afin d'attirer l'attention du navire[37].

La composition picturale est essentiellement basée sur trois structures pyramidales. La première est formée par le mât et les cordes qui le tiennent. Elle englobe la seconde à la gauche du tableau, formée par des hommes morts ou désespérés. La troisième met en scène, à sa base, des cadavres et des mourants, desquels émergent les survivants ; à son sommet culmine l'espoir de sauvetage, avec la figure centrale d'un homme noir agitant sa chemise. Certains y ont vu une critique de l'Empire Colonial Français conservateur et esclavagiste. Géricault peint comme héros central un homme noir. Son modèle est Joseph[38], un Haïtien qui a posé pour lui et d'autres artistes[39]. Il s'agit du premier héros de la peinture occidentale sans nom et vu de dos[40].

Le tableau serait une œuvre hostile à la Restauration et aux émigrés, mais aussi une dénonciation de l'esclavage. C'est pourquoi Géricault y peint trois figures d'hommes noirs (pour lesquels un seul modèle a posé prénommé Joseph), alors qu'il n'y en aurait eu qu'un seul parmi les rescapés en plus d'une cantinière jetée à l'eau le 13 juillet en compagnie d'autres blessés. L'artiste semble prendre position contre la traite négrière, qui se pratique toujours malgré son interdiction supposée[41].

Le tableau est construit sur la règle des tiers qui découpe la toile en trois parties égales en hauteur et en largeur et attire l'œil sur les éléments principaux placés à la rencontre des lignes de force qui quadrillent la peinture. La ligne d'horizon séparant la mer du ciel est placée en hauteur et découpe au loin une mer calme alors que Géricault la rend très agitée autour du radeau, accentuant le côté dramatique de la scène. Ce faisant, il commet une erreur en peignant une vague déferlante (modèle des vagues du Havre) alors que la côte mauritanienne est balayée par une houle océanique qui se brise doucement sur une barre[42].

Schéma de la composition du tableau.
Schéma indiquant les trois pyramides et les diagonales composant la structure du tableau. La position de l'Argus est matérialisée par un point de couleur jaune.

L'attention du spectateur est en premier lieu dirigée vers le centre de la toile, puis sur le mouvement des survivants, montrés de dos et avançant vers la droite du tableau[43]. Selon l'historien de l'art Justin Wintle, « une dynamique diagonale et horizontale nous conduit des cadavres en bas à gauche de l’œuvre aux vivants dans le coin opposé »[34]. Deux autres lignes diagonales sont utilisées pour renforcer la tension dramatique. L'une d'entre elles suit le mât et son gréement, et conduit l’œil du spectateur vers une vague en passe de submerger le radeau, tandis que la seconde, qui suit les corps jonchant l'embarcation, mène vers la silhouette lointaine de l'Argus[20].

Certains naufragés sont peints les pieds bandés. Une rumeur veut que Géricault ne soit pas très doué pour représenter les pieds et ait masqué cette difficulté en leur bandant les pieds avec des tissus. En réalité, les rescapés lui avaient expliqué qu'ils protégeaient la peau de leurs pieds constamment immergés avec des bouts de tissu[44].

La palette de Géricault est composée de couleurs aux tons pâles, afin de représenter la chair des personnages, ainsi que de couleurs sombres pour les vêtements, le ciel et l'océan[45]. Cependant, ce sont les couleurs sombres qui dominent, en raison de l'usage de pigments bruns ; Géricault pense que ce choix permet de mieux suggérer le caractère tragique de la scène[25]. La lumière dans l’œuvre, qui présente de violents contrastes entre la clarté et l'obscurité, est qualifiée de « caravageresque »[46], période ténébriste. En outre, pour représenter l'océan, Géricault utilise un vert très sombre au lieu d'un bleu profond, ce qui aurait pu créer un contraste avec les couleurs du radeau et des personnages[47]. Les rayons qui percent la couche nuageuse donnent une lumière crépusculaire qui accentue le côté dramatique de la scène en éclairant les corps des cadavres. Du lieu lointain où se trouve le navire de secours brille un point lumineux qui ajoute de la lumière à une scène très sombre[47].

Influences : des maîtres de la Renaissance au classicisme français[modifier | modifier le code]

Influence principale : le néoclassicisme français[modifier | modifier le code]

Le Radeau de La Méduse emprunte beaucoup d'éléments aux peintres contemporains de Géricault comme Jacques-Louis David (1748-1825) et Antoine-Jean Gros (1771-1835) qui peignent des événements d'actualité de manière monumentale. Au XVIIe siècle, les naufrages deviennent un lieu commun de la marine, alors même que ceux-ci sont de plus en plus fréquents, devant l'augmentation du trafic maritime. Claude Joseph Vernet (1714-1789) réalise un grand nombre de ce type d’œuvres[48], parvenant à rendre les couleurs de manière très fidèle à la réalité – au contraire de la plupart des artistes d'alors ; il aurait d'ailleurs dressé lui-même un mât sur un bateau, afin de vivre une tempête[49].

Tableau représentant la mort de Socrate.
Jacques-Louis David, La Mort de Socrate, 1787, 129,5 cm × 196,2 cm, Metropolitan Museum of Art. David incarne le courant néoclassique, que Géricault a remis en cause.

Bien que les hommes représentés dans l’œuvre aient passé treize jours à dériver sur un radeau, souffrant de la faim, de maladies et de cannibalisme, Géricault les peint musclés et en bonne santé, dans la tradition de la peinture héroïque. Selon l'historien de l'art Richard Muther, l'influence du classicisme est prégnante dans le tableau : pour lui, le fait que les personnages soient peints quasiment nus témoigne d'une volonté d'éviter de peindre des vêtements « en décalage avec l'atmosphère de l’œuvre ». Il remarque également qu'« il y a toujours quelque chose d'académique dans ces personnages, qui ne semblent pas avoir été suffisamment affaiblis par la faim et la soif, les maladies et la lutte pour la survie[47] ».

En outre, l'influence de Jacques-Louis David est perceptible en premier lieu dans le choix d'une toile de très grande taille, mais aussi dans la tension sensible des corps des personnages, sur le modèle de la sculpture, et dans la manière de peindre un moment particulièrement crucial – la vision au loin du bateau approchant – avec hiératisme[46]. En 1793, David peint déjà un événement contemporain d'importance dans La Mort de Marat. L'élève de David, Antoine-Jean Gros, est comme lui le « représentant d'une école au style grandiose, irrémédiablement associée à une cause perdue »[50], mais, dans des œuvres majeures, il accorde autant d'importance à Napoléon qu'à des morts ou des mourants anonymes[28],[N 3]. Géricault est tout particulièrement marqué par la toile réalisée par Gros en 1804, Bonaparte visitant les pestiférés de Jaffa[15].

Détail d'un tableau représentant Napoléon à la bataille d'Eylau.
Antoine-Jean Gros, détail tiré de Napoléon à la Bataille d'Eylau, 1807, musée du Louvre. Comme Gros, Géricault avait vu et ressentait le sentiment de trouble que provoquait la violence, et était désespéré par les dégâts humains qu'elle provoque[15].

En raison de sa volonté de représenter la réalité avec ce qu'elle a de repoussant, Le Radeau de La Méduse est une figure marquante du mouvement romantique émergent dans la peinture française, et pose les fondements d'une révolution esthétique, en réaction au style néoclassique qui domine alors[51]. La structure de la composition – notamment la composition pyramidale – et la manière de représenter les personnages utilisés par Géricault se rattachent au courant classique[1], mais le caractère réaliste du sujet incarne une évolution majeure et marque la rupture entre le courant néoclassique et le courant romantique naissant. Jusqu'en 1815, Jacques-Louis David, alors en exil à Bruxelles, est à la fois l'artiste le plus représentatif de la peinture historique – un genre très populaire qu'il contribue à enrichir – et un maître du courant néoclassique[52]. Les deux genres survivent à travers les œuvres de peintres comme Antoine-Jean Gros, Jean-Auguste-Dominique Ingres, François Gérard, Anne-Louis Girodet, Pierre-Narcisse Guérin (qui sera le maître de Géricault ainsi que de Delacroix), et d'autres artistes sous l'influence de l’œuvre de David et Nicolas Poussin – représentant majeur du classicisme. Dans son journal, Delacroix porte un regard catégorique sur ces peintres, peu avant le Salon de 1819 : « Le curieux mélange d'éléments classiques avec un regard réaliste, que David a imposé à la peinture, perd désormais sa force et son intérêt. Le maître lui-même vit ses dernières années, exilé à Bruxelles. Son élève le plus dévoué, Girodet, un classique raffiné et cultivé, produit des œuvres sans aucune chaleur. Gérard, portraitiste de renom durant l'Empire, se rallia à l'école des grandes fresques historiques, mais sans enthousiasme »[53].

Le Radeau de La Méduse se rattache à cette dernière école par l'utilisation des mêmes mouvements et d'un grand format. Néanmoins, il s'en détache car il met en scène des gens ordinaires plutôt que des héros. En effet, le tableau de Géricault n'en comporte aucun, et ses personnages n'ont d'autre objectif que la survie. Selon les termes d'une critique, il représente « les espoirs déçus, la souffrance extrême, et l'instinct de survie basique qui outrepasse toutes les considérations morales et fait plonger l'homme civilisé dans la barbarie »[21]. La musculature parfaite du personnage central, qui tente d'attirer l'attention du bateau de sauvetage, est une réminiscence du néoclassicisme, bien que le naturalisme des lumières et des ombres, l'authenticité du désespoir manifesté par les survivants et l'émotion suscitée par la composition de l’œuvre distinguent le tableau de l'austérité néoclassique. Le choix du sujet, tout comme la facture emportée du style utilisé pour dépeindre les moments de tension, sont également emblématiques du mouvement romantique[45],[1].

Autres influences : les peintres de la Renaissance italienne et les scènes de naufrage[modifier | modifier le code]

Détail du plafond de la chapelle Sixtine peint par Michel-Ange.
Détail du Jugement dernier ornant le plafond de la chapelle Sixtine. Géricault déclara : « Michel-Ange me procura des frissons le long de la colonne vertébrale, ces âmes perdues se détruisant l'une et l'autre renforçaient la grandeur tragique de la chapelle Sixtine[54] ».

En plus du classicisme français, Géricault s'inspire des grandes œuvres de maîtres de la Renaissance, telles que La Transfiguration de Raphaël ou Le Jugement dernier de Michel-Ange[55]. Le personnage du vieil homme au premier plan pourrait être une référence au comte Ugolin de la Divine Comédie de Dante Alighieri – une œuvre dont Géricault voit plusieurs représentations picturales –, et semble avoir été inspiré par un Ugolin issu d'un tableau d'Henry Fuseli (1741-1825), que l'artiste aurait pu voir imprimé. Dans la Divine Comédie, Ugolin se rend de surcroît coupable de cannibalisme ; or, c'est l'un des aspects les plus marquants du récit du naufrage de la Méduse. L'allusion semble ainsi suggérer le fait que ce vieil homme a commis le même crime[56]. Une étude préliminaire pour Le Radeau de La Méduse, réalisée à l'aquarelle et conservée au Louvre, est bien plus explicite : celle-ci montre un personnage en train de ronger le bras d'un cadavre décapité[57].

Le Naufrage du Minotaur, Joseph Mallord William Turner.

Plusieurs peintres anglais et américains, comme John Singleton Copley (1738–1815) et sa Mort du major Pierson[N 4] – peinte deux ans après l'événement – s'essaient également à représenter des faits récents. De plus, cet artiste peint aussi plusieurs imposantes scènes de désastre en mer que Géricault aurait pu voir imprimées : Watson et le requin (1778), où un homme noir est le sujet principal et où les acteurs de la scène priment sur le paysage marin, tout comme dans Le Radeau de La Méduse ; La Défaite des batteries flottantes à Gibraltar, (1791), qui influence le style et le choix du sujet de l’œuvre de Géricault ; et Scène de naufrage (vers 1790)[N 5], qui présente une composition manifestement similaire[28],[58]. Une dernière influence, portant à la fois sur le caractère politique du tableau et sur les carcasses démembrées de ses sujets, provient de l’œuvre de Francisco de Goya, et notamment l'estampe no 39, Grande hazaña! Con muertos! (« Authentique exploit ! Avec des morts ! ») des Désastres de la guerre, série d'eaux-fortes réalisées entre 1810 et 1812, et son chef-d’œuvre de 1814, Tres de Mayo. Goya réalise également une scène de catastrophe maritime, sobrement intitulée Naufrage, mais en dépit d'une atmosphère ressemblante, la composition et le style n'ont rien en commun avec Le Radeau de La Méduse. De plus, il est improbable que Géricault ait vu le tableau[58],[59].

Histoire du tableau[modifier | modifier le code]

Présentation et réception critique au Salon de 1819[modifier | modifier le code]

Le tableau est présenté au Salon le [60], sous le titre générique Scène de naufrage (le titre initial étant censuré afin d'éviter de s'attirer les foudres de la monarchie)[61], bien que son sujet soit évident pour les spectateurs de l'époque[23]. Il est incontestablement la pièce maîtresse du salon, si bien que le Journal de Paris écrit qu'« il frappe et attire tous les regards ». Louis XVIII, après avoir visité le salon trois jours avant son ouverture officielle, déclare : « Monsieur, vous venez de faire un naufrage qui n'en est pas un pour vous ». La critique se divise : l'horreur et le caractère terrifiant du sujet exercent une certaine fascination sur le public, mais les tenants du classicisme expriment leur dégoût pour ce qu'ils estiment n'être qu'un « tas de cadavres ». Ils considèrent en outre que son réalisme cru s'écarte beaucoup de la « beauté idéale » incarnée par Pygmalion et Galatée de Girodet, qui triomphe la même année. L’œuvre de Géricault soulève un paradoxe fréquent en art, à savoir celui de transformer un sujet repoussant en un tableau plein de force, et de réconcilier l'art et la réalité. Marie-Philippe Coupin de la Couperie, un peintre contemporain de Géricault, est quant à lui catégorique : « Monsieur Géricault semble se tromper. Le but de la peinture est de parler à l'âme et aux yeux, et non de repousser le public. » Le peintre a néanmoins de fervents soutiens, tel l'écrivain et critique d'art Auguste Jal, qui admire le fait d'avoir traité d'un sujet politique, ses opinions libérales (par la mise en avant de la figure du « nègre », et la critique de l'ultra-royalisme), et sa modernité. Pour Jules Michelet, « c'est la société tout entière qui se trouve sur le Radeau de La Méduse »[20].

Tableau représentant un salon du musée du Louvre, où est exposé Le Radeau de La Méduse.
Nicolas Sébastien Maillot, Vue du Salon et de l'entrée de la grande galerie du musée royal (1831), musée du Louvre, Paris. On peut y voir de chaque côté de l'entrée, à droite Le Radeau de La Méduse et à gauche la Scène de déluge de Girodet, ainsi que des œuvres de Nicolas Poussin, de Claude Lorrain et de Jacques-Louis David entre autres[62].

L'exposition est soutenue financièrement par le roi Louis XVIII et présente près de 1 300 œuvres individuelles, 208 sculptures et de nombreux travaux d'architecture et gravures[15]. Un critique contemporain émet l'idée selon laquelle le nombre d’œuvres présentées et la taille de l'événement témoignent d'une grande ambition. Il note également qu'une centaine de grandes fresques historiques sont exposées, dans le but d'afficher la prodigalité du nouveau régime, et que seuls quelques peintres bénéficiant d'une importante rétribution peuvent alors entreprendre des projets nécessitant autant de temps, d'énergie et de moyens financiers[15].

Géricault cherche délibérément à provoquer la controverse, sur les plans politique et artistique. Les critiques formulent tous des réponses à cette approche assez agressive, et leurs réactions vont de la révulsion à l'admiration, selon qu'ils appartiennent aux soutiens des Bourbons ou des libéraux. L'empathie envers les naufragés que véhicule le tableau fait que celui-ci est considéré comme un signe de ralliement à la cause anti-royaliste[1], à laquelle se rallient notamment deux survivants du radeau, Savigny et Corréard[21]. Il symbolise plus généralement le mépris porté par l'aristocratie envers le peuple[63]. En outre, le choix de placer un homme noir au centre de la composition est très controversé, et manifeste sans nul doute les opinions abolitionnistes de l'auteur[1]. Une critique émet même l'hypothèse que l'exposition du tableau à Londres, peu de temps après, est organisée en raison de l'éclosion d'un mouvement pour l'abolition de l'esclavage en Angleterre[64]. Le tableau est en soi une prise de position politique : en dénonçant ainsi ce capitaine incompétent car très mauvais navigateur, il pointe les travers de l'armée post-napoléonienne, dont les officiers sont en grande partie recrutés parmi les dernières familles ayant subsisté à la chute de l'Ancien Régime[45].

Dans l'ensemble, le tableau fait forte impression, bien que son sujet en choque beaucoup, qui refusent par conséquent d'admettre qu'il s'agit d'un véritable succès populaire[23]. À l'issue de l'exposition, le jury du Salon lui décerne la médaille d'or mais ne va pas jusqu'à lui faire l'honneur de l'intégrer aux collections nationales du musée du Louvre. En guise de récompense, Géricault obtient une commande sur le thème du Sacré-Cœur, qu'il offre secrètement à Eugène Delacroix, avec la rémunération ; néanmoins, il appose sa signature sur l’œuvre achevée[23]. Le peintre se retire ensuite à la campagne, où il s'évanouit de fatigue, et Le Radeau de La Méduse, n'ayant pas trouvé d'acquéreur, est roulé et entreposé dans le studio d'un ami[65].

Dans un état dépressif après la réalisation du Radeau de la Méduse, Géricault peignit, peut-être à la demande du docteur Georget, médecin-chef à l'hôpital de la Salpêtrière, plusieurs portraits de fous, témoignages de ses recherches de réalisme, dans les limites les plus extrêmes[66].

Exposition à Londres et en Irlande (1820-1821)[modifier | modifier le code]

Façade de l'Egyptian Hall à Londres.
En 1820, Le Radeau de La Méduse connaît le succès lors d'une exposition à l'Egyptian Hall de Piccadilly, à Londres. 40 000 spectateurs s'y rendent et les critiques sont bien plus enthousiastes que lors du Salon de Paris[67],[68].

Géricault fait en sorte que le tableau puisse être exposé à Londres, en 1820, à l'Egyptian Hall de Piccadilly (parfois nommé London Museum), où le naturaliste William Bullock a ses collections[68]. L’œuvre est présentée au public du à la fin de l'année, et est contemplée par 40 000 spectateurs[68]. Elle connaît un succès critique bien plus important qu'à Paris[1], et est considérée comme la figure de proue d'une nouvelle tendance de la peinture française. Cette différence de réception publique est en partie due aux conditions d'exposition : à Paris, le tableau est suspendu en hauteur, dans le Salon Carré – une erreur dont Géricault s'aperçoit lorsqu'il voit pour la première fois l’œuvre installée –, tandis qu'à Londres, elle est placée près du sol, ce qui renforce son caractère monumental. D'autres raisons peuvent également expliquer sa popularité en Angleterre, comme « un peu d'auto-congratulation nationale »[69] ; le fait que le tableau soit perçu comme une forme de divertissement à sensation[69] ; ou encore la présence de deux spectacles sur le thème du naufrage de la Méduse, qui se jouent en même temps que l'exposition et qui s'inspirent fortement de la description réalisée par Géricault[70]. Le peintre touche l'équivalent de près de 20 000 francs (sa part sur le nombre d'entrées), soit beaucoup plus que ce qu'il aurait gagné si le gouvernement français avait fait l'acquisition du tableau[71]. Après l'exposition londonienne, Bullock emmène Le Radeau de La Méduse en Irlande et l'expose à Dublin en 1821. Le succès n'est pas au rendez-vous, probablement en raison de la concurrence d'une exposition d'un panorama mobile, lequel aurait été peint sous la direction de l'un des rescapés[72].

Copie du Radeau de La Méduse.
Copie de l’œuvre par Pierre-Désiré Guillemet et Étienne-Antoine-Eugène Ronjat, taille réelle, 1859–60, 493 × 717 cm, musée de Picardie, Amiens[73].

Conservation après la mort de l'artiste[modifier | modifier le code]

Un décret spécial du autorise le comte Auguste de Forbin, directeur général du musée du Louvre, à acheter Le Radeau de La Méduse au nom de l’État[14]. La somme de six mille cinq francs est versée à Pierre-Joseph Dedreux-Dorcy, l'ami le plus proche de Théodore Géricault, qui est l'intermédiaire avec le musée durant la vente posthume[1]. Immédiatement exposée, elle domine la galerie dans laquelle elle se trouve. Le cartouche sur le cadre du tableau porte le sous-titre suivant : « L'humanité est le seul héros de cette poignante histoire »[20]. À une date inconnue, entre 1826 et 1830, le peintre américain George Cooke (1793-1849) réalise une copie de taille réduite (130,5 × 196,2 cm) qui sera exposée à Boston, Philadelphie, New York et Washington, devant un public ayant connaissance du scandale provoqué par le naufrage en France et en Angleterre. La critique américaine est enthousiaste, et le tableau inspire des pièces de théâtre, des poèmes, des performances scéniques et même un livre pour enfants[74]. La copie est achetée par un ancien amiral, Uriah Philipps, qui la cède en 1862 à la New-York Historical Society, qui fait l'erreur de la cataloguer comme une œuvre de Gilbert Stuart. Elle demeure invisible au public jusqu'en 2006, lorsque l'erreur est révélée par une enquête menée par une professeur d'histoire de l'art de l'université du Delaware[75]. Le département de conservation des œuvres artistiques de l'université en entreprend immédiatement la restauration[75].

En 1859-1860, en raison de la détérioration de l’œuvre originale au fil du temps (l'huile était cuite avec trop de plomb et se noircissait), le Louvre en commande une copie conforme à l'échelle destinée à être prêtée pour des expositions hors du musée[73]. Les peintres Pierre-Désiré Guillemet et Étienne-Antoine-Eugène Ronjat sont chargés de l'exécution de cette copie, conservée aujourd'hui au musée de Picardie à Amiens, à qui elle fut attribuée lors de son ouverture en 1867[76].

À l'automne 1939, Le Radeau de La Méduse est retiré du musée en raison des menaces de guerre. Un camion transportant habituellement du matériel destiné aux pièces de la Comédie-Française conduit le tableau au château de Versailles la nuit du . Plus tard, ce dernier est déplacé au château de Chambord où il est conservé jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale[77]. Conservée au sein du Département des peintures, sous le numéro d'inventaire INV 4884, l’œuvre est exposée dans l'aile Denon, en salle 700 (dite Mollien), de 1945 à aujourd'hui[1]. Elle y côtoie 26 autres œuvres pour la plupart liées aux courants néoclassique et romantique, dont trois tableaux de Théodore Chassériau, quatre tableaux d'Antoine-Jean Gros, un portrait de Jeanne d'Arc en armure réalisé par Ingres, et surtout huit tableaux d'Eugène Delacroix, le grand ami de Géricault – dont Scènes des massacres de Scio, La Mort de Sardanapale et La Liberté guidant le peuple[1]. En outre, elle se trouve à proximité de deux autres tableaux de Géricault : Cuirassier blessé quittant le feu (1814), et Officier de chasseurs à cheval de la garde impériale chargeant (1812)[1].

Influence de l’œuvre sur les arts[modifier | modifier le code]

Son influence dans l’œuvre d'artistes postérieurs[modifier | modifier le code]

En France : Delacroix, Courbet et Rodin[modifier | modifier le code]

Dans sa jeunesse, Géricault est le peintre favori de Delacroix, bien qu'il admirât l’œuvre d’Antoine-Jean Gros toute sa vie[53]. Dans son journal, il écrit d'ailleurs ceci : « Géricault m'avait permis de contempler Le Radeau de La Méduse alors qu'il était encore en train d'y travailler. Cela eut un tel effet sur moi qu'à peine sorti de l'atelier, je commençai à courir tel un forcené jusqu'à chez moi, sans que rien ne puisse m'arrêter. »[53],[78]. La composition dramatique des tableaux de Géricault, avec ses contrastes de ton marqués et ses mouvements hors du commun, pousse Delacroix à oser s'essayer à des formats de grande taille. On peut déceler l'influence du tableau dans La Barque de Dante (1822), ainsi que certaines œuvres plus tardives, telles que Le Naufrage de Don Juan (1840)[51].

Des hommes sur une barque prise dans une mer déchaînée, à la manière de Géricault.
Eugène Delacroix, La Barque de Dante, 1822, musée du Louvre, Paris. L'influence du Radeau de La Méduse sur les travaux du jeune Delacroix est ici évidente, et se retrouve dans les œuvres futures du peintre[51].

Le chef-d’œuvre de Delacroix, La Liberté guidant le peuple (1830), serait également directement inspiré du Radeau de La Méduse ainsi que d'un autre tableau de Delacroix, Scènes des massacres de Scio. Cependant, comme l'écrit le critique Hubert Wellington : « Alors que Géricault portait un intérêt particulier aux détails, au point de rechercher des rescapés afin de les prendre pour modèles, Delacroix trouvait sa composition plus vivante si on la comprenait comme un tout. Il concevait ses personnages et ses foules comme des types humains, soumis à la domination de la figure symbolique de la Liberté républicaine, qui est l'une de ses inventions formelles les plus brillantes »[79].

Tableau représentant les massacres de Scio.
Eugène Delacroix, Scènes des massacres de Scio, 1824, 419 cm × 354 cm, musée du Louvre, Paris. Ce tableau, directement inspiré du Radeau de La Méduse, fut de surcroît peint en 1824, l'année de la mort de Géricault[80].

Bien que Gustave Courbet (1819-1877), figure majeure du mouvement réaliste, soit décrit comme un peintre anti-romantique, ses tableaux les plus importants dont Un enterrement à Ornans (1849-1850) et L'atelier de l'artiste (1855) doivent beaucoup au Radeau de La Méduse. Cette influence est non seulement sensible dans le choix d'un grand format, mais aussi dans sa volonté de représenter les gens ordinaires, les événements politiques actuels et les lieux existants avec toute l'épaisseur du quotidien[81]. En 2004, une exposition consacrée à Courbet au Clark Art Institute (Massachusetts, États-Unis), à partir de la collection du musée Fabre de Montpellier, a pour ambition de mettre en perspective des peintres réalistes du XIXe siècle, tels que Honoré Daumier (1808-1879) ou les premières œuvres du jeune Édouard Manet (1832-1883), avec des peintres romantiques, dont Géricault et Delacroix. L'exposition effectue des comparaisons entre ces différents artistes et note que Le Radeau de La Méduse a eu une influence capitale sur les peintres réalistes[82]. Le critique Michael Fried estime ainsi que Manet s'est directement inspiré de la figure du père berçant son fils pour son tableau Les Anges au tombeau du Christ (1864)[83].

Le tableau de Géricault inspire également des sculpteurs, dont Antoine Étex, qui réalise en 1839-40 un bas-relief en bronze à l'effigie du Radeau de La Méduse[84]. Financée par le fils naturel du peintre, Hippolyte-Georges Géricault, cette sculpture orne son tombeau au cimetière du Père Lachaise. Albert Elsen, professeur d'histoire de l'art à l'université Stanford, voit quant à lui en Le Radeau de La Méduse et en Scènes des massacres de Scio une influence majeure du geste grandiose réalisé par Auguste Rodin dans son groupe de sculptures monumental La Porte de l'Enfer (1880-1917). Il écrit que « Scène des massacres de Scio et Le Radeau de La Méduse ont fait se confronter Rodin aux victimes anonymes et innocentes des tragédies de l'histoire, dans un format gigantesque... Si Rodin était certes avant tout inspiré par Le Jugement dernier de Michel-Ange, il avait néanmoins Le Radeau de La Méduse en guise d'encouragement »[85].

En Angleterre, en Russie et aux États-Unis[modifier | modifier le code]

L'influence du Radeau de La Méduse se fait sentir chez des artistes en dehors de France, notamment en Angleterre, où le public a pu voir l’œuvre exposée en 1820 à Londres, ainsi qu'aux États-Unis, où une copie à taille réelle est exposée dans de nombreuses villes de la côte Est[86],[87]. Francis Danby, un peintre britannique né en Irlande, est probablement inspiré par le tableau de Géricault lorsqu'il peint Crépuscule sur la mer après la tempête (1824). En 1829, il écrit par ailleurs que Le Radeau de La Méduse est « la fresque historique la plus brillante et la plus grandiose qu'il lui ait été donné de voir »[88].

Tableau représentant un bateau voguant dans une mer déchaînée.
J. M. W. Turner, Désastre en mer (également connu sous le nom Le Naufrage de l'Amphitrite), entre 1833 et 1835, 171,5 × 220,5 cm, Tate Britain, Londres. Turner avait très certainement vu le tableau de Géricault en 1820 à Londres.

Le thème de la catastrophe maritime est souvent utilisé par J. M. W. Turner (1775-1851), lequel, comme beaucoup de peintres anglais, a probablement vu le tableau de Géricault lors de son exposition à Londres en 1820. Son Désastre en mer (entre 1833 et 1835) représente un incident similaire : un vaisseau anglais ayant coulé et des personnages mourants au premier plan de l’œuvre. Turner choisit également de placer au centre de la composition un personnage noir de peau, lui aussi en raison de ses opinions abolitionnistes, dans son tableau Le Négrier (1840)[86].

En Russie, les Romantiques français et anglais exercent une grande influence sur les peintres de la seconde moitié du XIXe siècle, et notamment sur Ivan Aïvazovski (1817-1900)[89]. Peintre de paysages marins, ce dernier est manifestement inspiré par les premières œuvres de Turner, avant d'évoluer vers l'impressionnisme à la fin de sa carrière[90]. Son tableau le plus célèbre, La Neuvième Vague (1850), est toutefois très proche du Radeau de La Méduse[91], tant dans sa thématique que son exécution. À l'instar de Géricault, Aïvazovski met en scène le combat de l'homme contre les éléments naturels et crée un effet d'attente chez le spectateur, qui se demande si les naufragés seront finalement secourus[89].

Tableau représentant une barque voguant dans une mer agitée, avec un homme noir à son bord.
Winslow Homer, The Gulf Stream, 1899, 71,5 × 124,8 cm, Metropolitan Museum of Art, New York.

The Gulf Stream (1899), du peintre américain Winslow Homer (1836-1910), reproduit la composition du Radeau de La Méduse : une embarcation endommagée au centre du tableau, entourée par les requins et menacée d'être renversée par les vagues. À nouveau, comme Géricault et Turner, Homer fait d'un homme noir le personnage central de la scène, même s'il est le seul occupant du rafiot. Un bateau visible au loin rappelle l'Argus, un brick qui accompagnait La Méduse et que Géricault avait représenté à l'arrière-plan[92]. Toutefois, il s'agit ici d'une œuvre appartenant au courant réaliste et non romantique, notamment en raison du caractère stoïque et résigné du personnage central. Dans des tableaux antérieurs, la situation de l'homme aurait traduit soit une espérance, soit un profond désespoir[93] ; désormais, elle traduit une « rage contenue »[92]

Dans l'art contemporain[modifier | modifier le code]

L’œuvre de Géricault n'inspire guère les artistes au tournant du XXe siècle, mais a une influence sur de nombreux artistes contemporains, notamment à partir des années 1970. En 1975, un collectif de peintres nommé Les Malassis réalise une fresque librement inspirée du tableau sur les façades du centre commercial Grand'Place à Grenoble. Dans cette série de panneaux monumentaux (2 000 m2) intitulée Onze variations sur Le Radeau de La Méduse ou La dérive de la société, ce collectif proche de mouvements d'extrême gauche de l'après Mai 68 dénonce les dérives de la société de consommation en dépeignant un univers consumériste, entre frites congelées et boîtes de conserve[94]. En 1987, l'artiste plasticien, Jean-Claude Meynard, réalise une série picturale de 15 grandes toiles intitulée : Le Radeau des Muses. Il y aborde la question de la survie du sujet en peinture[95]. La même année, Speedy Graphito présente une exposition sur le thème du Radeau de La Méduse, Le Radeau des Médusés. 600 exemplaires d'un ouvrage avec les principales toiles de l'exposition et un texte relatant l'histoire imaginaire d'un de ses ancêtres qui aurait fait partie des survivants du radeau de La Méduse ont été édités. L'artiste islandais Erró réalise quant à lui une toile nommée Poupée du Radeau de La Méduse et conservée au Reykjavik Art Museum, sur le site de Hafnarhus. Enfin, au début des années 1990, le sculpteur John Connell réalise une œuvre nommée The Raft Project : il récrée pour cela Le Radeau de La Méduse en produisant des sculptures grandeur nature représentant les personnages du tableau (bois, papier et goudron), puis en les plaçant sur un grand radeau de bois[96].

L’œuvre continue à inspirer les artistes au XXIe siècle. Le photographe Sergueï Ponomariov (en) du New York Times remporte le prix 2016 Pulitzer de la photographie d'actualité pour sa photo d'une embarcation de migrants aux abords des côtes de l'île de Lesbos qui rappelle la toile de Théodore Géricault[97]

Son influence dans la littérature et la culture populaire[modifier | modifier le code]

Georges Brassens fait référence au Radeau de La Méduse dans l'une de ses plus célèbres chansons, Les Copains d'abord.
Couverture du journal Le Rire no 392 du , « - Mâtin ! Dans ce costume-là, vous êtes gentille à croquer. - Vous excitez pas... On n'est pas sur la radeau de la Méduse ! ...»

En raison de sa célébrité et de son influence importante sur les arts, Le Radeau de La Méduse est l'objet de nombreuses références dans la littérature et la culture populaire. Dans L'Assommoir (1877), Émile Zola en fait mention, lorsque la noce se rend au musée du Louvre[N 6]. L'écrivain François Weyergans transpose le mythe dans la société contemporaine, dans un roman homonyme paru en 1983.

Les références au tableau sont encore plus nombreuses en bande dessinée. Hergé reprend ainsi la composition du tableau dans la couverture de Coke en stock (1958), le dix-neuvième album des Aventures de Tintin, dont le récit se passe en partie sur un radeau de fortune. Dans une scène où le capitaine Haddock tombe à l'eau et remonte à la surface avec une méduse sur la tête, Tintin lui demande : « Vous voulez donc à tout prix que ce soit réellement Le Radeau de La Méduse ? »[63]. De même, dans Astérix légionnaire (1967) de René Goscinny et Albert Uderzo, le radeau sur lequel finissent les pirates après que les Gaulois ont coulé leur navire est une copie fidèle du Radeau de La Méduse ; l'allusion est en outre redoublée par une phrase prononcée par le chef des pirates (« Je suis médusé »)[63]. Cette allusion est mise en image par le réalisateur Alain Chabat dans le film Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre (2002), lors du dernier naufrage des pirates[63]. Le dessinateur Fred, dans Le Naufragé du « A » (1972), fait lui aussi référence au tableau[98], tout comme les auteurs de la série De cape et de crocs, dans le tome 8, ou André Chéret dans un album de Rahan. De nombreuses caricatures politiques, notamment dans Le Canard enchaîné et Le Figaro, reprennent la composition du tableau[63].

Le Radeau de La Méduse a également prêté son titre à un film d'Iradj Azimi sorti en 1998. Il s'agit d'un film historique retraçant l'épisode du naufrage de La Méduse et la conception du tableau de Géricault, où ce dernier est interprété par Laurent Terzieff et où le capitaine est joué par Jean Yanne.

Dans son album de 1964 intitulé Les Copains d'abord, Georges Brassens fait référence au radeau dans la chanson éponyme : « Non ce n'était pas le Radeau / De La Méduse ce bateau / Qu'on se le dise au fond des ports / Dise au fond des ports ». En 1990, le groupe de folk rock irlandais The Pogues relate cet événement et la toile de Géricault dans la chanson The Wake of the Medusa sur l'album Hell's Ditch. Quelques années plus tôt, la pochette de leur album Rum, Sodomy, and the Lash (1985) était déjà un pastiche du tableau[99], tout comme celle du deuxième album du groupe de doom metal allemand Ahab, The Divinity of Oceans (2009). Le photographe Gérard Rancinan revisite le tableau dans une photographie intitulée Le Radeau des illusions en 2008[100], et le réalisateur Laurent Boutonnat s'en inspire dans le clip de la chanson Les Mots, interprétée par Mylène Farmer et Seal.

Le tableau fait partie des « 105 œuvres décisives de la peinture occidentale » constituant le Musée imaginaire de Michel Butor, paru en 2015 et réédité en 2019[101]. Il apparaît en 2018 dans le clip vidéo Apeshit de Beyoncé et Jay-Z[102].

Le groupe de death métal mélodique français Aephanemer lui consacre la chanson Le Radeau de la Méduse dans son album A Dream of Wilderness.

Le tableau est au cœur d'une des enquêtes de la série de France 2 l'Art du crime (saison 1, enquête 3, 2017).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Cette bibliographie ne concerne que le tableau de Géricault ; la bibliographie relative au naufrage de La Méduse peut être consultée à la fin de l'article La Méduse.

En français[modifier | modifier le code]

  • Denise Aimé-Azam (préf. Pierre Daix), Géricault : l’énigme du peintre de La Méduse, Paris, Éd. Perrin, , 379 p., in-8° (ISBN 2-262-00304-1). — Bibliogr. p. 371-379. Rééd. en 1991 (Paris, même éd.).
  • Aurélie Allavoine, L’Exercice de la répétition chez Barthélemy Menn : étude et traitement du Radeau de La Méduse, Paris, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, , 119-66 p., grd in-8°. — Thèse.
  • Norbert-Bertrand Barbe, Les Thèmes du Radeau de La Méduse de Théodore Géricault étudiés à travers leur récurrence dans l’œuvre du peintre, et dans l’art et la littérature du XIXe siècle, Mouzeuil-Saint-Martin, Impr. Bès, coll. « La Pensée de l’image » (no 2), , 194 p., in-8° (ISBN 2-9516372-5-X). — Bibliogr. p. 187-191.
  • Germain Bazin (documentation Élisabeth Raffy), Théodore Géricault : étude critique, documents et catalogue raisonné, t. VI : Génie et folie : Le Radeau de La Méduse et les monomanes, Paris, Wildenstein Institute, , 196 p., grd in-8° (ISBN 2-85047-247-6). — Bibliogr., index.
  • Jean-Louis Berthet, Les Naufrages de Géricault : un bateau, La Méduse ; une vie, Géricault, 1791-1824, Saintes, Le Croît vif, coll. « Témoignages », , 287 p., in-8° (ISBN 978-2-36199-370-2). — Bibliogr.
  • Benjamin Brou, « L’Objet insolite dans Le Radeau de La Méduse », dans Claire Azéma et Éliane Chiron (éd. scientifiques), L’Objet et son lieu, Paris, Publications de la Sorbonne, coll. « Arts plastiques » (no 5), , 230 p., in-8° (ISBN 2-85944-487-4), p. 27-34. — Actes de colloque ().
  • Bruno Chenique, « Les Esquisses du Radeau de La Méduse », La Méduse : feuille d'information de l'Association des Amis de Géricault, Levallois-Perret,‎ , p. 2-3 (ISSN 1279-1296). — Lettre d’Hippolyte Bellangé à Eugène Delacroix concernant une étude (non localisée) du Radeau de La Méduse.
  • Ernest Chesneau, « La Méduse », dans La Peinture française au XIXe siècle : les chefs d’école…, Paris, Libr. académique Didier et Cie, , 3e éd., in-8° (lire en ligne [PDF]), p. 141-150.
  • Gustave Crauk, Soixante ans dans les ateliers des artistes : Dubosc, modèle, Paris, Éd. Calmann-Lévy, , in-8° (lire en ligne [PDF]), « De 1817 à 1824 », p. 45-64.
  • De La Méduse à Géricault : bicentenaire, 1816-2016, du naufrage de la frégate La Méduse, Épinac, Denis éditions, , 89 p., in-8° (ISBN 979-10-94773-58-1). — Réunit la relation de Paulin d'Anglas de Praviel et un article de Charles Clément sur le tableau de Géricault, paru en 1867 dans la Gazette des beaux-arts [lire en ligne].
  • Lorenz Eitner (de), « Dessins de Géricault d’après Rubens et la genèse du Radeau de La Méduse », Revue de l'Art, Paris, Ministère de l’Éducation nationale, vol. 14,‎ , p. 51-56. — Publié sous l’égide du Comité français d’histoire de l’art.
  • Claude Escholier, Quatre études, Nîmes, C. Lacour, coll. « Eruditae indagationes », , 80 p., in-8° (ISBN 2-86971-182-4). — Réunit : Géricault et Le Radeau de La Méduse ; L’Art et la photographie ; Nadar ; Le Billet de 100 francs, Delacroix ou la Liberté.
  • Frank Giroud (scénariste) et Gilles Mezzomo (dessinateur), Géricault, Grenoble, Éd. Glénat, coll. « Les Grands peintres », , 47 p., in-4° (ISBN 978-2-344-00599-6). — Bande dessinée ayant pour thème la composition du tableau de Géricault dans le contexte politique de l’époque.
  • Pierre Granville, « Sublimation du fait divers dans la peinture de Géricault », La Revue du Louvre et des musées de France, vol. 37, no 4,‎ , p. 278-283 (ISSN 0035-2608).
  • Klaus Herding, « L’Inversion de la souffrance : une lecture du Radeau de La Méduse par Peter Weiss », dans Régis Michel (dir. de publication), Géricault, t. 2, Paris, La Documentation française, coll. « Conférences et colloques », , in-8° (ISBN 2-11-003327-4), p. 871-887. — Précédemment publié dans la revue Liber, no 10, 1992.
  • Hélène Masson-Bouty et Pascale Perrier, Tempête dans l’atelier de Géricault : Le Radeau de La Méduse, Paris, Oskar éd., coll. « Culture & société / Art », , 126 p., in-8° (ISBN 978-2-35000-599-7). — Roman pour la jeunesse. Dossier documentaire, lexique.
  • Pinette Matthieu, « Le Musée de Picardie retrouve sa copie du Radeau de La Méduse », La Méduse : feuille d'information de l'Association des Amis de Géricault, Levallois-Perret,‎ (ISSN 1279-1296). — Concerne une copie du Radeau de La Méduse commandée par l’État à Pierre-Désiré Guillemet et Étienne-Antoine-Eugène Ronjat.
  • Sylvère Mbondobari, « Le Retour du Nègre romantique ? Enjeux mémoriels et identitaires dans Le Nègre et La Méduse de Martine Le Coz », French studies in Southern Africa, no 39,‎ , p. 142-168.
  • Jonathan Miles (trad. de l'anglais par Marion Vaireaux, éd. et révision Camille Fort-Cantoni), Le Radeau de La Méduse [« Medusa, the shipwreck, the scandal, the masterpiece »], Bordeaux, Éd. Zeraq, coll. « Nautilus » (no 5), , 318 p., in-8° (ISBN 979-10-93860-04-6). — Bibliogr. (p. 289-305), index.
  • René Moniot Beaumont, L’Horrible naufrage de La Méduse : Théodore Géricault, Eugène Sue, Charles-Yves Cousin d'Avallon, La Rochelle, Éd. La Découvrance, , 111 p., in-8° (ISBN 978-2-84265-866-3). — Bibliogr.
  • Musée d'art Roger-Quilliot (dir. de la publication Bruno Chenique), Géricault, au cœur de la création romantique : études pour Le Radeau de La Méduse, Paris et Clermont-Ferrand, Éd. N. Chaudun et Musée d’art Roger-Quilliot, , 286 p., in-8° (ISBN 978-2-35039-134-2). — Catalogue de l’exposition qui s’est tenue du au au Musée d’art Roger-Quilliot (Clermont-Ferrand). Contient 12 p. de bibliogr.
  • Sylvie Petit, « De la peinture d’actualité à la sociologie-fiction : Jules Verne et Le Radeau de La Méduse », dans Florent Montaclair (dir. de publication), La Littérature et les arts, t. 1, Besançon, Centre UNESCO pour l'éducation et l'interculturalité, coll. « Littérature comparée », , in-8° (ISBN 2-912295-00-9), p. 123-133.
  • Michel Régis, « Géricault cannibale : une dation pour le Louvre », La Revue du Louvre et des musées de France, vol. 55, no 2,‎ , p. 17-19 (ISSN 0035-2608). — Concerne un dessin de Géricault qui a servi d’étude pour Le Radeau de La Méduse.
  • Gérard-Julien Salvy, Cent énigmes de la peinture, Paris, Éd. Hazan, , 359 p., in-8° (ISBN 978-2-7541-0352-7), « Théodore Géricault, Le Radeau de La Méduse », p. 262-264.
  • Josef Adolf Schmoll genannt Eisenwerth, « Géricault sculpteur : à propos de la découverte d’une statuette en plâtre d’un moribond », Bulletin de la Société de l’histoire de l’art français,‎ , p. 319-331. — Statuette représentant un des personnages du Radeau de La Méduse, dont un autre modèle a été réalisé en cire.
  • Michel Schneider, Un rêve de pierre : Le Radeau de La Méduse, Géricault, Paris, Éd. Gallimard, , 179 p., in-8° (ISBN 2-07-011178-4). — Bibliogr.
  • Françoise Talon (sous la dir. de Jacques Bony), Le Culte du laid dans l’art, du Radeau de La Méduse à l’Enterrement à Ornans : l’attitude d’un critique, Théophile Gautier, Paris, , 102 p., grd in-8°. — Mémoire de maîtrise (Lettres), Paris 12.
  • Jérôme Thélot, Géricault, Le Radeau de La Méduse : le sublime et son double, Paris, Éd. Manucius, coll. « Écrits sur l’art », , 76 p., in-12 (ISBN 978-2-84578-155-9).
  • « Théodore Géricault : lettres du comte de Forbin relatives à l’acquisition du naufrage de La Méduse de Géricault », Archives de l’art français : recueil de documents inédits relatifs à l’histoire des arts en France, Paris, Éd. J.-B. Dumoulin, vol. 1,‎ 1851-1852, p. 71-81 (lire en ligne [PDF], consulté le ).

En anglais[modifier | modifier le code]

  • (en) Albert Alhadeff, The Raft of the Medusa : Géricault, Art, and Race [« Le Radeau de La Méduse : Géricault, art et ethnicité »], Munich, Prestel, , 191 p. (ISBN 3-7913-2782-8 et 978-3-79132-782-2) ;
  • (en) Julian Barnes, A History of the World in 10½ Chapters [« Une histoire du monde en 10 chapitres et demi »], Londres, Jonathan Cape, , 322 p. (ISBN 0-09-954012-6) ;
  • (en) Klaus Berger et Thaeodore Gaericault, Gericault : Drawings & Watercolors [« Géricault : Dessins et aquarelles »], New York, H. Bittner and Company,  ;
  • (en) Albert Boime, Art in an Age of Counterrevolution 1815–1848 [« L'Art dans une période contre-révolutionnaire 1815-1848 »], Chicago, University of Chicago Press, , 749 p. (ISBN 0-226-06337-2, lire en ligne) ;
  • (en) Lorenz Eitner (de), Gericault's 'Raft of the Medusa' [« Le Radeau de La Méduse de Géricault »], New York, Phaidon, (ISBN 0-8021-4392-X) ;
  • (en) Lorenz Eitner (de), 19th Century European Painting : David to Cézanne [« La Peinture européenne du XIXe siècle : de David à Cézanne »], Westview Press, (ISBN 0-8133-6570-8) ;
  • (en) Albert Elsen, The Gates of Hell by Auguste Rodin [« La Porte de l'enfer d'Auguste Rodin »], Stanford University Press, (ISBN 0-8047-1273-5) ;
  • (en) Michael Fried, Manet's Modernism : Or, the Face of Painting in the 1860s [« La modernité de Manet ou la figure de la peinture dans les années 1860 »], Chicago, University of Chicago Press, , 647 p. (ISBN 0-226-26217-0, lire en ligne) ;
  • (en) Darcy Grimaldo Grigsby, Extremities : Painting Empire in Post-Revolutionary France : a study of the works of Girodet, Gros, Gericault, and Delacroix [« Extrémités : Peindre l'Empire dans une France post-révolutionnaire »], New Haven (Conn.), Yale University Press, , 393 p. (ISBN 0-300-08887-6, lire en ligne) ;
  • (en) Rose-Marie Hagen et Rainer Hagen, What Great Paintings Say [« Ce que les grandes peintures racontent »], vol. 1, Taschen, , 25e éd., 720 p. (ISBN 978-3-8228-4790-9 et 3-8228-4790-9) ;
  • (en) Alexander McKee, Wreck of the Medusa, The Tragic Story of the Death Raft [« Naufrage de La Méduse, l'histoire tragique du radeau de la mort »], Londres, Souvenir Press, , 324 p. (ISBN 0-451-20044-6) ;
  • (en) Jonathan Miles, The Wreck of the Medusa : The Most Famous Sea Disaster of the Nineteenth Century [« Le naufrage de La Méduse : la catastrophe maritime la plus célèbre du dix-neuvième siècle »], Grove/Atlantic, Inc., , 309 p. (ISBN 978-0-8021-4392-1) ;
  • (en) Richard Muther, The History of Modern Painting [« Histoire de la peinture moderne »], vol. 1, Londres, J.M. Dent,  ;
  • (en) Gilles Néret, Eugène Delacroix : The Prince of Romanticism [« Eugène Delacroix : le prince du romantisme »], Taschen, (ISBN 3-8228-5988-5) ;
  • (en) Lynn H. Nicholas, The Rape of Europa : the Fate of Europe's Treasures in the Third Reich and the Second World War [« Le Viol de l'Europe : le destin des trésors de l'Europe pendant le Troisième Reich et la Seconde Guerre mondiale »], New York, Alfred A. Knopf, , 498 p. (ISBN 0-679-40069-9 et 978-0-679-40069-1) ;
  • (en) Patrick Noon et Stephen Bann, Crossing the Channel : British and French Painting in the Age of Romanticism [« La traversée de la Manche : les peintures britannique et française à l'âge du romantisme »], Londres, Tate Publishing, (ISBN 1-85437-513-X) ;
  • (en) Fritz Novotny, Painting and Sculpture in Europe, 1780 to 1880 [« Peinture et sculpture en Europe, de 1780 à 1880 »], Baltimore, Penguin Books,  ;
  • (en) Christine Riding, « The Fatal Raft: Christine Riding Looks at British Reaction to the French Tragedy at Sea Immortalised in Gericault's Masterpiece 'the Raft of the Medusa' » [« Le Radeau fatal : le regard de Christine Riding sur la réaction britannique à la tragédie maritime française immortalisée dans le chef-d'œuvre de Géricault, Le Radeau de La Méduse »], History Today,‎ 2003a ;
  • (en) Christine Riding, « The Raft of the Medusa in Britain », dans Patrick Noon et Stephen Bann, Crossing the Channel: British and French Painting in the Age of Romanticism [« Le Radeau de La Méduse en Grande-Bretagne »], Londres, Tate Publishing, (ISBN 1-85437-513-X) ;
  • (en) Edward Rowe Snow, Tales of Terror and Tragedy [« Contes d'horreur et tragédie »], New York, Dodd Mead, , 250 p. (ISBN 0-396-07775-7) ;
  • (en) Lorenz Eitner (de), « Gericault's 'Raft of the Medusa', by Lorenz Eitner » [« Le Radeau de La Méduse de Géricault, par »], The Art Bulletin, vol. 58, no 1,‎ , p. 134–137 ;
  • (en) Hubert Wellington, Introduction à l'édition anglaise du Journal d'Eugène Delacroix, parue sous le titre The Journal of Eugène Delacroix, Phaidon (Cornell University Press), (ISBN 0-8014-9196-7) ;
  • (en) Justin Wintle, Makers of Nineteenth Century Culture : 1800-1914 [« Ceux qui ont fait la culture du dix-neuvième siècle »], Londres, Routledge, , 709 p. (ISBN 0-415-26584-3).

Filmographie, vidéographie, documents sonores[modifier | modifier le code]

  • La Beauté du désastre : Le Radeau de La Méduse (1819) de Alain Jaubert, Éd. Montparnasse, coll. « Palettes », 2003, VHS, 30 min (EAN 3346030011089). — Musique de Frédéric Fleischer et de Benoît Fleurey. Commentaire de Marcel Cuvelier. Rééd. sous forme de DVD en 2004 dans : Autour de 1800 (même éd., même coll.), et en 2008 dans : Une révolution à l’antique (Paris, Centre national de la cinématographie, coll. « Images de la culture / Arts plastiques & beaux-arts »).
  • Géricault : du fait divers à l’histoire de Raoul Sangla, scénario de Mathieu Marcenac, Centre national de documentation pédagogique, coll. « Écoutez voir », 1983, fichier vidéo numérique, 10 min.
  • Géricault : Le Radeau de La Méduse de Adrien Touboul, scénario de Georges-Antoine Borias, Institut pédagogique national, coll. « Anthony Roland » (no 365), [s. d.], VHS, 20 min — Plusieurs rééditions avec variantes du titre.
  • Marat assassiné ; Le Radeau de La Méduse de Axel de Gaigneron, Radio France, coll. « Trésors de l’art », 1985, cassette audio. — Commentaires de François Le Targat et Jean-Claude Balard. Diffusé sur France Culture en 1984.
  • Le Naufrage, variations sur Le Radeau de La Méduse ou la société à la dérive de Marie-France et Marie-Ève Molle, Centre national de la cinématographie, coll. « Images de la culture / Arts plastiques & beaux-arts », 2008, DVD, 24 min — Musique de Richard Weiss. Rééd. en 2014 (même éd., même coll.), sous le titre : Et vogue la Malassise.
  • Le Radeau de La Méduse de Iradj Azimi, 1998, 2 h 10 min — Avec, entre autres, Laurent Terzieff dans le rôle de Théodore Géricault.
  • Le Radeau de La Méduse, Théodore Géricault de Sylviane Bellorini, scénario de Virginie Gimaray, Cliosoft, 2003, CD-ROM (EAN 3760087630022). — Sous la dir. d’Alexis Seydoux. Commentaires de José Fumanal et Tomoko Yokomitsu.
  • Théodore Géricault : Le Radeau de La Méduse de Alain Ferrari, scénario de Sylvain Laveissière, Centre national du cinéma et de l'image animée, coll. « Images de la culture / Arts plastiques & beaux-arts », 2014, fichier vidéo numérique, 13 min.
  • Une œuvre au noir de la série télévisée L'Art du Crime (épisodes 5 et 6, saison 1) voit mourir une historienne de l'art au Louvre devant le tableau de Géricault.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Rue en haut du quartier du Faubourg-du-Roule pour être proche de la morgue de l'hôpital Beaujon.
  2. Parmi les études réalisées à l'hôpital Beaujon, Morceaux d'anatomie (1818-1819), une nature-morte assez inhabituelle dans l'œuvre de Géricault, montre ces membres en décomposition.
  3. Voir par exemple Bonaparte visitant les pestiférés de Jaffa (1804) et Napoléon à la bataille d'Eylau (1807)
  4. La Mort du major Pierson (1784).
  5. Scène de naufrage (vers 1790)
  6. Voir chapitre 3, p. 94-95: « Que de tableaux, sacredié ! ça ne finissait pas. Il devait y en avoir pour de l’argent. Puis, au bout, M. Madinier les arrêta brusquement devant Le Radeau de La Méduse ; et il leur expliqua le sujet. Tous, saisis, immobiles, se taisaient. Quand on se remit à marcher, Boche résuma le sentiment général : c’était tapé. »

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f g h i et j « Le Radeau de La Méduse », sur Site officiel du musée du Louvre (consulté le )
  2. « Radeau de la Méduse : l'horreur devient allégorie romantique », sur France Culture, (consulté le )
  3. a b et c (en) Darcy G. Grigsby, Extremities : Painting Empire in Post-Revolutionary France, New Haven (Conn.), Yale University Press, , 177 p. (ISBN 0-300-08887-6).
  4. Frédéric Zurcher, Les Naufrages célèbres, Ligaran, , p. 47.
  5. « Alexandre Corréard, de Serres, naufragé de la Méduse - Wikisource », sur fr.wikisource.org (consulté le ).
  6. (en) Matthew Zarzeczny, « Theodore Géricault's "The Raft of the Méduse" - Part I », Member's Bulletin of The Napoleonic Society of America,‎
  7. (en) Matthew Zarzeczny, « Theodore Géricault's "The Raft of the Méduse" - Part II », Member's Bulletin of The Napoleonic Society of America,‎ .
  8. Frédéric Zurcher et Élie Margollé, Les naufragés célèbres, Ancre de Marine Éditions, , p. 95
  9. Georges Bordonove, Le naufrage de la Méduse, Laffont, , p. 128
  10. Georges Bordonove, Le naufrage de la Méduse, Laffont, , p. 147
  11. Georges Bordonove, Le naufrage de la Méduse, Laffont, , p. 166
  12. Extrait du film d'Adrien Touboul avec Georges-Antoine Borias, 2 min 38 s.
  13. (en) Jonathan Miles, « Death and the masterpiece », sur The Times, (consulté le )
  14. a et b (en) Anthony Brandt, Swept Away : When Gericault Painted the Raft of the Medusa, He Immersed Himself in His Subject's Horrors, American Scholar,
  15. a b c d e et f Trapp 1976, p. 134-137
  16. Trapp 1976, p. 191-192
  17. Bruno Chenique et Sylvie Lecoq-Ramond, Géricault, la folie d'un monde, Hazan, , p. 55
  18. Érik Emptaz, La malédiction de la méduse, Grasset, , p. 57
  19. a et b Miles 2008, p.169
  20. a b c d et e « Présentation du Radeau de la Méduse », sur le site du musée du Louvre. Consulté le 12 février 2014.
  21. a b c et d (en) Christine Riding, « The Fatal Raft: Christine Riding Looks at British Reaction to the French Tragedy at Sea Immortalised in Gericault's Masterpiece 'the Raft of the Medusa' », History Today,‎
  22. Extrait du film d'Adrien Touboul avec Georges-Antoine Borias, 11 min 38 s.
  23. a b c d e f g h i j k l m n o p et q (en) Rupert Christiansen, « The Victorian Visitors: Culture Shock in Nineteenth-Century Britain », sur New York Times, (consulté le )
  24. Bruno Chenique, « Exposition à Clermont-Ferrand en 2012 », sur Onirik (consulté le )
  25. a b et c Miles 2008, p.80
  26. Extrait du film d'Adrien Touboul avec Georges-Antoine Borias, 9 min 4
  27. a et b Hagen et Hagen 2007, p. 376
  28. a b c d et e Riding 2003, p.75-77
  29. Eitner 2002, p.191-192
  30. « Portrait d'un naufragé ou le Père », notice sur culture.besancon.fr.
  31. Cécile Martet, « L’Œuvre à la loupe : Le Radeau de la Méduse de Géricault », sur kazoart.com, (consulté le )
  32. Malika DORBANI-BOUABDELLAH, « UN MANIFESTE DU ROMANTISME », sur histoire-image.org, (consulté le )
  33. a et b (en) Joanna Banham, « Shipwreck! », sur Times Educational Supplement, (consulté le )
  34. a et b (en) Justin Wintle, Makers of Nineteenth Century Culture : 1800-1914, Londres, Routledge, , 709 p. (ISBN 0-415-26584-3), p.246
  35. Eitner 2002, p. 102
  36. Hagen et Hagen 2007, p. 378
  37. Muther 1907, p. 224
  38. « Qui était Joseph, modèle noir du Radeau de la Méduse ? », sur France Culture, (consulté le )
  39. « Joseph, le nègre », musees-occitanie.fr (consulté le )
  40. Bruno Chenique, Sylvie Lecoq-Ramond,, Géricault, la folie d'un monde, Hazan, , p. 143
  41. Philippe Dagen, « Géricault, reporter du naufrage de "La Méduse" », lemonde.fr, (consulté le )
  42. Lionel Salem, La science dans l'art, Odile Jacob, , p. 55
  43. (en) Albert Boime, Art in an Age of Counterrevolution 1815–1848, Chicago, University of Chicago Press, , 749 p. (ISBN 0-226-06337-2, lire en ligne), p.142
  44. Armand Dayot, L'Art et les artistes : art ancien, moderne, décoratif, , p. 332
  45. a b et c (en) Karen Wilkin, « Romanticism at the Met », The New Criterion, vol. 22, no 4,‎ , p. 37
  46. a et b Novotny 1960, p.85
  47. a b et c Muther 1907, p.225-226
  48. (en) Richard Lacayo, « More fear of flying », sur Time Magazine, (consulté le )
  49. (en) « Claude Joseph Vernet: The Shipwreck », sur National Gallery of Art (consulté le )
  50. Brown et Blaney, in Noon 2003, p. 49
  51. a b et c Néret 2000, p. 14-16
  52. (en) « Jacques-Louis David: Empire to Exile », sur Getty Museum (consulté le )
  53. a b et c Eugène Delacroix, Le Journal d'Eugène Delacroix, Paris, Plon),
  54. Extrait du film d'Adrien Touboul avec Georges-Antoine Borias, 10 min 11 s.
  55. (en) Kenneth Clark, The Nude : A Study in Ideal Form, Princeton University Press, , 269 p. (ISBN 0-691-01788-3)
  56. Riding 2003, p.73. Imprimé d'après l'Ugolin de Fuseli
  57. Scène de cannibalisme sur le radeau de La Méduse. Musée du Louvre, département des Arts graphiques, RF 53032, recto. Joconde # 50350513324
  58. a et b (en) Benedict Nicholson, « The Raft of the Medusa from the Point of View of the Subject-Matter », Burlington Magazine, vol. XCVI, nos 241-8,‎
  59. (en) Robert Hughes, Nothing If Not Critical : Selected Essays on Art and Artists, Londres, The Harvill Press, , 454 p. (ISBN 0-00-272075-2), p. 51.
  60. Séverine Laborie, « Le Radeau de la Méduse », sur www.louvre.fr (consulté le )
  61. Michel Hanniet et Françoise Tavernier, La véridique histoire des naufragés de la Méduse, Actes Sud, , p. 565
  62. Christiane Aulanier et Georges Salle, Le Salon Carré, , p. 61
  63. a b c d et e Jeanne Desto, Émilie Daniel et Christian Henry, « Le Radeau de la Méduse de T. Géricault », sur Karambolage, (consulté le )
  64. Riding 2003, p.71
  65. Miles 2008, p.186
  66. « La Folle monomane du jeu », sur Notice du Louvre (consulté le )
  67. (en) Adrian Searle, « A beautiful friendship », sur The Guardian, (consulté le )
  68. a b et c Riding 2003, p.72
  69. a et b Riding 2003, p.68-73
  70. (en) Christine Riding, « Staging The Raft of the Medusa », Visual Culture in Britain, vol. 5,‎ , p. 1-26
  71. Miles 2008, p.197
  72. (en) Jonathan Crary, « Géricault, the Panorama, and Sites of Reality in the Early Nineteenth Century », Grey Room, no 9,‎ , p. 16-17
  73. a et b (en) Roberta Smith, « Art Review; Oui, Art Tips From Perfidious Albion », sur The New York Times, (consulté le )
  74. (en) Nina Athanassoglou-Kallmyer et Marybeth De Filippis, « New Discoveries: An American Copy of Géricault's Raft of the Medusa? », sur New-York Historical Society (consulté le )
  75. a et b (en) Sue Moncure, « The case of the missing masterpiece », sur Université du Delaware, (consulté le )
  76. Antoine Caux, « Envie d'être épaté par la galerie ? », JDA - Journal d'Amiens et d'Amiens Métropole, no 917,‎ 26 juin - 2 juillet 2019, p. 5 (ISSN 2552-318X, lire en ligne)
  77. (en) Lynn H. Nicholas, The Rape of Europa : The Fate of Europe's Treasures in the Third Reich and the Second World War, Vintage, , 498 p. (ISBN 0-679-75686-8), p.55-56
  78. Miles 2008, p.175-176
  79. Wellington 1980, p. XV
  80. Wellington 1980, p. 19-49
  81. (en) T. J. Clark, Farewell to an Idea, Yale University Press, (ISBN 0-300-08910-4), p.21
  82. (en) Charles Giuliano, « Courbet at the Clark », sur Maverick Arts Magazine (consulté le )
  83. Fried 1998, p. 92
  84. Miles 2008, p. 249
  85. Elsen 1985, p. 226
  86. a et b Riding 2003, p. 89
  87. (en) « Crossing the Channel », Minneapolis Institute of the Arts, (consulté le )
  88. Noon et al. 2003, p. 85
  89. a et b « The coming of age of Russian art: first half of the 19th century », sur Musée Guggenheim (consulté le )
  90. Owen Matthews, « Aivazovsky's Canvases: Awash in a Sea of Color », sur The Moscow Times, (consulté le )
  91. « Ivan Aivazovsky and his Circle exposition at Kyiv’s Museum of Russian Art », sur www.day.kiev.ua, (consulté le )
  92. a et b (en) Richard Dorment, « Painting the Unpaintable », The New York Review of Books,‎
  93. (en) Randall C. Griffin, Homer, Eakins & Anshutz : The Search for American Identity in the Gilded Age, Penn State Press, , 224 p. (ISBN 0-271-02329-5), p.102
  94. Gilles de Staal, « Exposition. Retour sur une exposition consacrée à la Coopérative des Malassis. Dans l'immédiat 68, des peintres se rebiffent. », sur L'Humanité, (consulté le )
  95. « Série le Radeau des Muses », sur Site officiel de l'artiste (consulté le )
  96. Article sur l'œuvre de Connell dans ARTnews de l'été 1993.
  97. Anthony Berthelier, « Cette photo incroyable, digne du "Radeau de la méduse", gagne le prix Pulitzer », sur huffingtonpost.fr, .
  98. « Philémon et le naufragé du « A » – Fred (Dargaud, 1972) », (consulté le )
  99. Benoît Carretier, « The Pogues, succès d’un naufrage », liberation.fr, (consulté le )
  100. « La Trilogie des Modernes, partie 1 : Métamorphoses », sur Site officiel de l'artiste (consulté le )
  101. Michel Butor, Le Musée imaginaire de Michel Butor : 105 œuvres décisives de la peinture occidentale, Paris, Flammarion, , 368 p. (ISBN 978-2-08-145075-2), p. 226-227.
  102. Maguelone Bonnaud, « Ces œuvres du Louvre mises en scène par Beyoncé et Jay Z dans leur clip », leparisien.fr, (consulté le )

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]